SÉRIE SPÉCIALE DES AVANTAGES ÉVOLUTIFS 

Ce n’est pas un vautour, mais il leur ressemble. C’est un charognard, qui a de la classe. C’est un des gros oiseaux du Québec les plus communs, avec une envergure d’aile de 1,8 m. C’est l’urubu à tête rouge, un rapace qui mérite d’être mieux connu de tous.  

Dans les milieux naturels, l’urubu à tête rouge joue le même rôle écologique qu’un vautour. Il débarrasse les lieux des vielles carcasses d’animaux morts en les mangeant. C’est un nécrophage. Ce n’est pas un travail charmant, c’est vrai, mais, tu sais ce qu’on dit, il n’est point de sot métier! 

On reconnaît facilement la silhouette de ce gros oiseau dans les airs, alors qu’il plane tranquillement au-dessus des arbres. Ses ailes déployées nous laissent voir des plumes grisâtres qui contrastent avec son plumage noir. Vu d’en dessous, c’est un spectacle majestueux.  

Quand on regarde de plus près, certains pourraient dire que le spectacle majestueux devient rapidement un cauchemar. Disons qu’il a une drôle de tête… 

¯_(ツ)_/¯
Propreté avant tout 

Dépourvus de plume, sa tête est rose (allant jusqu’à rouge vif), avec un petit œil noir, complétée par un bec crochu de la couleur de l’ivoire. Et bien, cet accoutrement étrange, c’est justement ce qui rend l’urubu extraordinaire.  

L’absence de plume sur la tête des urubus est une particularité qui est récurrente chez d’autres espèces de charognards. Ces oiseaux passent des heures à mettre leur tête dans des carasses pour se nourrir. Les chances sont donc élevées que des petits morceaux de tripes ou des filaments organiques gluants ou encore des caillots de sangs se collent à leur plume. Quand les plumes d’un oiseaux sont collantes, elles perdent de leur efficacité. C’est pourquoi, la sélection naturelle aurait voulu que certains oiseaux qui se nourrissent d’animaux morts aient une tête nue ou avec des plumes modifiées, limitant les ainsi les dégâts.  

Un nez pour un bec 

Les oiseaux ne sont pas connus pour avoir un odorat bien développé.* C’est aussi ici que l’urubu se démarque. Pour pouvoir profiter de sa tête sans plume avantageuse, il doit trouver de la nourriture. Comment trouver sa nourriture, si elle ne bouge pas et qu’elle ne fait pas de bruit? En la sentant. L’urubu est capable de sentir certains gaz (comme le mercaptan étilique qui a une odeur d’œuf pourri, d’ail et d’oignon, miam) émis par la décomposition de la matière organique. En planant près de la cime des arbres, il sniff pour détecter une carcasse bien fraîche à se mettre sous le bec. Lorsque les relents d’oeuf pourri se rendent à ses narines super soniques, l’urubu sait que le repas est servi! 

« Y’a de la viande au menu! »

Alors, cette oiseau méconnu, et disons-le, malaimé, est en réalité un autre exemple de la merveilleuse ingénierie de la nature. Les urubus ont des avantages qui leur permettent de remplir leur rôle dans les écosystèmes : éliminer les roadkills et les charognes qui trainent. Une bonne raison de louanger ce rapace hors du commun.  


* Le grand-duc d’Amérique est d’ailleurs un des principaux prédateurs de la mouffettes (et un des seuls) parce qu’il ne peut pas la sentir… Pratique.  

Sources images : PixabayD. FaulderSarah Stierch 

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