Un indispensable troueur

On te propose de parcourir les sentiers et de jouer à un de nos jeux préférés de naturalistes : quel pic a fait ça?

On te parle ici, et bien entendu, de trous de pic bois… Au Québec, on est très chanceux de pouvoir observer ces fantastiques oiseaux toute l’année durant et s’ils sont trop bien cachés, on peut entendre le tambourinement de leur bec sur les arbres* ou encore spotter leur trous ici et là.

Pic mineur

Pic mineur

Pourquoi faire des trous?

D’abord pour manger. Les pics sont la plupart des insatiables insectivores et se nourrissent de bibittes qui vivent sous (dans et sur) l’écorce des arbres (donc des insectes xylophages et saproxylophages). Ce qui leur confère un statut de « gestionnaires d’espèces envahissantes ». Ensuite, les pics créent aussi des cavités pour nicher. C’est là, en sûreté, que les oisillons apprendront à piquer le bois et à se servir de leur pattes à 4 doigts pour grimper et s’agripper (certains pics n’ont que 3 doigts par contre). Pas d’inquiétude, si le pic drill les arbres vivant (ce qui n’est pas le cas de toutes les espèces, certaines sont spécialistes du bois mort), les trous n’endommagent pas les arbres. Comme dit le proverbe, «faudrait pas mordre la main (ou la plante) qui les nourrit».

 

Nos espèces et leurs trous
  • Pic mineur : le plus petit de nos pics. Parce qu’il ne pèse presque rien, il peut faire des trous très haut dans les arbres. On trouve ses trous ronds dans des troncs ou des branches aussi petites que 10 cm de diamètre!
  • Grand pic (l’inspiration pour le célèbre Woody): le plus grand des picidés québécois. Il fait, évidemment, les plus grands trous, généralement allongés et seulement sur les troncs solides des arbres morts.
  • Pic chevelu : plus grand qu’un pic mineur, il fait des trous aussi ronds qu’eux, mais un peu plus grands.
  • Pic à dos noir : cet oiseau discret se retrouve le plus souvent en milieu forestier et il se spécialise dans les insectes de bois brûlé. Autour de la cavité de nidification, généralement dans un conifère, il va retirer l’écorce de l’arbre. 
  • Pic à dos rayé : on retrouve ce pic dans des milieux similaires à son cousin à dos noir. Ils cherchent les mêmes types d’insectes et d’arbres : ils sont en directe compétition.
  • Pic à ventre roux : vivant dans les milieux marécageux, il se nourrit en léchant les crevasses des écorces ou en attrapant des insectes au vol et ne fait pas de trous d’alimentation à proprement parlé. Pour nicher, il choisit une branche ou un tronc de bois mou (comme un orme ou un saule). Il fait un trou discret qu’il tapisse de copeaux de bois.

À cette longue liste s’ajoutent deux plumeaux qui nous quittent pour l’hiver : le pic flamboyant et le pic maculé. La raison de leur départ est assez simple, le premier se nourrit d’insectes au sol et le second de la sève des arbres. Avec la neige et le froid, c’est pas évident pour eux de s’alimenter. Par contre, même en hiver, tu peux trouver les petits trous en rangs horizontaux du pic maculé sur les troncs d’arbres.

Et finalement, le très chic pic à tête rouge est aussi un migrateur. Toutefois, cette espèce est très rare au Québec, elle y est d’ailleurs menacée ainsi qu’au Canada. Si ce pic creuse un trou pour nicher, ce sera dans un tronc d’arbre mort à partir d’une crevasse déjà existante, sinon, dans un poteau ou un pieu de clôture. Voilà, tu sais tout. Tu es all good pour aller identifier les trous de pics dans la forêt la plus proche!

Trous de grand pic

Un indispensable

Dernière chose sur les pics : ils sont des espèces clé de voûte (comme les vers de terre). Non, ils ne sont pas des férus de serrures (héhé), mais bien des animaux qui permettent l’établissement de d’autres espèces. Pour nicher, les pics font de nouveaux trous tous les ans. Les anciens nids sont donc disponibles à qui sera le plus rapide. Et c’est pas seulement les oiseaux, comme les petites nyctales, les mésanges à tête noire ou les canards branchus, qui en profitent, les polatouches (les écureuils volants), les chauves-souris, même des gros ratons laveurs peuvent trouver refuge dans un vieux trou de pic. Ainsi, quand les pics sont présents dans un écosystème, d’autres espèces pourront s’y établir. Ils favorisent donc une grande biodiversité dans les milieux qu’ils ont colonisés! Wow.

 

* Ces piqueurs sont équipés d’un long bec et d’un coussinet cervical osseux qui amortissent le choc des coups donnés sur un tronc, évitant ainsi les commotions répétées… outch!