« Comment peut-on régler des problèmes de surabondance de cervidés? »

On pointe souvent du doigts les pauvres cerfs de Virginie quand vient le temps de trouver un exemple d’animal qui prend beaucoup (trop) de place et qui ravage les sous-bois. C’est pas leur faute s’ils ont un grand appétit et qu’ils broutent tout ce qu’ils trouvent! Alors, comment peut-on gérer une situation de surpopulation de cervidés affamés? 



Cervidés made in Québec 

Au Québec, on a quelques brouteurs notables dans notre liste d’animaux sauvages dont les caribous, qui vivent en troupeau, le majestueux et (généralement) solitaire orignal et le cerf de Virginie. Ce dernier reste actif et se tient en groupe en hiver (les ravages) et en été, chacun déménage sur son propre territoire, qui peuvent se chevaucher. Ici, c’est le plus répandu des cervidés: on parle de 4 individus en moyenne par km2.* 

Au 17è siècle, quand les colons n’avaient pas encore changé tout le paysage américain, les cerfs se trouvaient seulement à la limite sud du Canada, tandis qu’aujourd’hui on en trouve jusqu’à la Baie James et bien au delà vers le nord, au Yukon et aux Territoires du Nord-Ouest. Pourquoi? Premièrement, il faut savoir que le cerf c’est un animal suuuuuper productif: un troupeau en bonne santé peut doubler en une année si les conditions sont favorables. En plus, à 6 ou 7 mois, la biche est mature pour s’accoupler, elle peut donc avoir un faon à sa première année. Des facteurs externes favorisent aussi le cerf. Le nourrissage des cerfs en hiver est fréquent, ce qui augmente leur taux de survie aux hivers (non, il ne faut pas donner de carottes aux cerfs en hiver, ni en été). D’ailleurs, le climat plus doux, globalement, réduit aussi la mortalité hivernale. Les populations des plus grands compétiteurs du cerf, comme les caribous, les bisons et les cerfs mulets sont basses ou en diminution. Et par dessus le marché, les cerfs de Virginie se sont facilement adaptés aux milieux urbains ou semi-urbains, où on trouve peu de leurs prédateurs (comme les loups ou les lynxs).


C’est quoi le problème?

Il y a plusieurs problèmes. Le principal, c’est que les cerfs, ils ont faim, et comme ils sont actifs toute l’année, ils n’arrêtent pas de manger. En plus, ils ne sont pas difficiles. En été, ils mangent tout ce qu’ils peuvent: feuilles, herbes, crosses de fougères, champignons, petits fruits, tout ce qui lui tombe sous la dent. En automne, ils switchent aux rameaux et aux bourgeons. Quand l’hiver arrive, ils s’arrangent en grignotant de l’écorce et en mangeant les conifères. Puis le printemps, tout mince, ils se gavent littéralement dans les plantes printanières

C’est normal de manger, mais s’il y a trop d’individus dans un milieu, on aura droit à une hécatombe de tout ce qui poussent au sol à cause d’un broutage excessif. Les cerfs peuvent (facilement) éradiquer des espèces de certains milieux, et ainsi réduire la biodiversité (et la résilience) des écosystèmes**. Juste en lunchant… S’en suit une possible malnutrition des animaux (des consommateurs primaires, et donc les cerfs eux-mêmes) si la nourriture vient à manquer. 


Le cas d’Anticosti 

Pour bien expliquer notre point, voici la p’tite histoire des cerfs d’Anticosti. Sur l’île, la densité de population des cerfs est tellement grande qu’on a dû prendre les grands moyens. Il y a une centaine d’années, on a introduit un peu plus de 200 cerfs sur l’île pour la chasse sportive. En un siècle, la population a bondi à 120 000 individus (ça équivaut à une densité près de 20 individus par km2). Conséquence: le sapin, dont raffolent les cerfs, a pratiquement disparu. Les sapinières restantes ne suffiront pas pour sustenter les cervidés du coin pour très longtemps. On voit alors un deuxième problème naître: un effondrement de la population de cerfs, faute de sapins… On a mis en place des zones clôturées sur l’île, des exclos, dans lesquelles les populations de cerfs sont contrôlées par la chasse. Heureusement, en 20 ans, on a vu le sapin reprendre sa place dans ces zones protégées du cerf. C’est un travail long et difficile que de protéger les cerfs, contre… les cerfs… ‘(-_ლ)’



Les solutions

Entre nous, le mieux c’est de prévenir la situation en aménagement des lieux propices pour le cerf de Virginie, en limitant leur nombre par la chasse réglementée et en laissant la nature faire les choses (lire ici « ne pas nourrir les cerfs… »). Toutefois, quand le problème est bien installé, on peut avoir recours à des techniques simples pour limiter le broutage des cerfs. Comme sur Anticosti, on peut utiliser des exclos qui permettent à la végétation de reprendre sa croissance. Il existe aussi des gadgets comme des protecteurs de plants (une manche en plastique qu’on installe sur les jeunes arbres, empêchant les cerfs de les brouter) et des effaroucheurs***, émettant des sons ou des mouvements qui effraient les cerfs. Malgré leur efficacité variable, on peut appliquer des répulsifs olfactifs sur les plantes susceptibles d’être broutées. On parle ici d’odeur d’urine de prédateur, de cheveux humains, de sang (oui, oui), d’ail, de savon, de boules à mites, d’ammoniaque, etc. 

Quand on veut employer les grands moyens, on peut aussi penser à des stratégies comme la relocalisation des animaux ou la stérilisation. Mais dans les deux cas, c’est très coûteux (biggggg money). En plus, dans le cas de la relocalisation, c’est risqué pour la santé de l’animal et les stress engendrés sont plus qu’importants. 

On pourrait aussi introduire un prédateur naturel du cerf dans le milieu surpeuplé. Ici aussi, il y a des risques comme de la compétition involontaire, la diminution d’autres espèces, ou simplement le débalancement de l’écosystème. La chasse reste encore un moyen très efficace de limiter les cerfs. En milieu urbain, ce n’est pas super prudent, mais en milieu naturel, si les chasseurs suivent les règlements et les quotas annuels, ils peuvent grandement aider à maintenir les populations de chevreuils à des densités viables pour l’écosystème (et pour les cerfs eux-mêmes, si ça se trouve).



* Le Centre Bell à Montréal, fait environ 1,5 km2.

** Ça peut empêcher la régénération des forêts, par exemple. Ainsi, on peut voir une espèce principale d’un milieu disparaître en débalançant complètement l’écosystème (et même les écosystèmes voisins). 

***  Une assiette en aluminium suspendue à une branche qui se balance dans le vent, c’est un effaroucheur, mais il existe des engins mécaniques (et maintenant numériques) avec détonateur, ou des haut-parleurs qui font des sons de gun. D’autres giclent et certains lancent même des fusées. 




Sources images : Pixabay, USFWS

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