Dans le monde animal, quand on pense la reproduction, on pense à une femelle et à sa progéniture. On peut se représenter autant une grenouille dans l’eau entourée de centaines d’œufs, qu’une baleine avec son baleineau nageant à ses côtés. Ces deux images illustrent très bien deux types opposés de stratégies reproductives que peuvent adopter les animaux. 

Les centaines d’oeufs de grenouilles
Le baleineau nageant

Pour s’assurer une descendance, certains animaux vont utiliser leur énergie pour produire la plus grande quantité de descendants possibles (un maximum d’œufs ou beaucoup de bébés). Au contraire, d’autres animaux vont plutôt privilégier les soins parentaux qu’ils prodigueront à un petit nombre de descendants. 

Ce sont deux stratégies opposées, mais qui ont le même but : assurer la survie de l’espèce (c’est une question de succès, t’sais le succès reproducteur). Et ce n’est pas un choix conscient que l’animal fait, c’est plutôt le résultat de la sélection naturelle. Cela dépendra donc des conditions dans lesquelles vivent ces espèces. 

 

En grand nombre : cheap, mais efficace 

Les scientifiques vont parler de « sélection r »* quand l’animal opte pour le plus grand nombre de petits possible et le plus rapidement possible, au point où ils seront tellement nombreux qu’il ne pourra pas s’occuper d’eux. De ce grand nombre, plusieurs ne viendront pas à terme ou mourront à un jeune âge (à cause des prédateurs par exemple). Mais puisqu’ils sont si nombreux, il en restera toujours suffisamment pour se reproduire. 

Les espèces associées à cette stratégie ont généralement une durée de vie plus courte. Ce sont des animaux de plus petite taille. Leur croissance et leur développement sont plus rapides. Ils atteignent leur maturité sexuelle plus rapidement. Parfois, ils peuvent aussi se reproduire plusieurs fois par année. 

Ce sont des espèces que l’on retrouve davantage dans des environnements instables dont les ressources disponibles sont peu prévisibles et où des bouleversements peuvent arriver fréquemment. Ainsi, ces espèces s’assurent de produire une progéniture très suffisante pour contrer le taux de mortalité et qui se reproduira à son tour. C’est ce que font les huîtres, les mouches domestiques et les grenouilles par exemple. 

 

En petit nombre : exigeant, mais efficace 

Les scientifiques vont parler de « sélection K »** quand l’animal possède un nombre réduit de petits, mais auxquels il apporte des soins particuliers et une protection à chacun d’entre eux. Il augmente ainsi leur chance de survie jusqu’à ce que ces derniers puissent à leur tour se reproduire. 

Les espèces associées à cette stratégie ont généralement une durée de vie plus longue. Ce sont des animaux de plus grande taille. Leur croissance et leur développement sont plus lents. Ils atteignent leur maturité sexuelle plus tardivement. Ils ne se reproduiront pas nécessairement à toutes les années. 

Ce sont des espèces que l’on retrouve davantage dans un environnement stable où l’accessibilité aux ressources est constante et prévisible. On parle ici d’espèces qui accompagnent sa progéniture peu nombreuse dans son développement plus lent jusqu’à ce qu’elle puisse se reproduire. Les baleines, les éléphants et les gorilles utilisent cette stratégie. 

 

Awwww, un gorille de montagne en plein soin parental

 

Évidemment, ce n’est pas parfait 

Ces deux stratégies reproductives ne sont pas les deux seules options dans le règne animal. Elles sont plutôt les deux extrémités d’un éventail de possibilités. Entre les deux se trouvent des espèces qui mélangent des caractéristiques appartenant aux deux stratégies : 

  • Le lapin est connu pour avoir beaucoup de bébés et même plusieurs portées dans une même année (sélection r). Toutefois, les jeunes ne sont pas autonomes à leur naissance, puisqu’ils sont nus et aveugles. Sans les soins de leur mère, ils ne pourraient pas survivre (sélection K). 
  • Les tortues marines sont connues pour leur impressionnante longévité (sélection K). Mais elles sont également connues pour enterrer un grand nombre d’œufs dans le sable et repartir à la mer. La mère ne sera pas présente à l’éclosion des œufs et les jeunes devront être autonomes dès la naissance (sélection r). 
Une tortue luth a.k.a. notre tortue marine

 

Et chez les plantes… 

On pourrait également faire des rapprochements entre ces stratégies et la reproduction des végétaux. Par exemple, le pissenlit serait une espèce de sélection r qui produit et disperse rapidement un grand nombre de graines. Pour les caractéristiques associées à des espèces de sélection K, on peut penser à des arbres de très grande taille, avec une croissance lente et une très longue longévité (plus de 200 ans). La majorité des arbres produisent toutefois beaucoup de graines ou de fruits, ce qui serait davantage associé à la sélection r.  

Par contre, certains arbres et plantes peuvent attendre de nombreuses années avant d’être en mesure de produire leurs premières graines (comme c’est le cas du petit-prêcheur) ou alterneront entre des années de forte production et des années plutôt maigres. De plus, sans parler de soins parentaux, des arbres poussant à proximité les uns des autres peuvent s’entraider par leurs racines et le réseau mycorhizien***. Ces caractéristiques seraient donc plus celles d’espèces de sélection K. 

 

Sans être un modèle parfait, ces deux stratégies nous permettent d’observer et de comprendre les espèces sous un nouvel angle en ce qui concerne leur reproduction. Cela permet également de comprendre pourquoi des caractéristiques ou des comportements particuliers sont plus fréquents que d’autres (ou d’autres ou d’autres). 

  


* La variable « r » représente le taux de croissance d’une population. La sélection r fait donc référence à une sélection qui met au premier plan l’accroissement de la population par une forte production de descendants. 

** La variable « K » représente la capacité de support du milieu. La sélection K fait donc référence à une sélection qui tend à atteindre un nombre d’individus plutôt stable et en équilibre avec ce que le milieu peut fournir comme ressource. On y reviendra plus en détail sur cette capacité de support du milieu. 

*** Cet étonnant réseau souterrain est primordial pour la santé de nos milieux forestiers, et de bien d’autres types d’écosystèmes d’ailleurs. Patience, on y reviendra à cette relation symbiotique entre les champignons et les végétaux!  

 

Par : Philippe, éducateur-naturaliste senior

Sources images : Pixabay, Gabriel Barathieu, Kate Tann, Jo Carletti

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