Il y a de la compétition dans les milieux humides du Québec! Les quenouilles et les roseaux s’affrontent. Vu que ces deux espèces herbacées recherchent le même type d’habitat, elles se retrouvent à jouer des coudes, ou de la feuille, comme tu veux, pour savoir qui prendra la place de l’autre. Ce qu’il y a à gagner? Le vainqueur s’octroie un accès prioritaire aux ressources essentielles à sa croissance et à sa survie (eau, nutriments, lumière). 
 

Des quenouilles
Des roseaux
La loi du plus envahissant

En effet, ces deux espèces rivales aiment beaucoup l’eau. C’est pourquoi elles cherchent essentiellement à s’établir dans des milieux humides, dans des zones marécageuses ou, comme on peut souvent les voir, dans les fossés en bordure d’autoroutes. L’espèce la plus rapide à s’établir va facilement supplanter l’autre et c’est là le problème. Le roseau, aussi connu sous le nom de phragmite, ou Phragmitis pour les intimes, est une espèce exotique envahissante; elle ne vient pas d’ici et sa propagation est un big risque pour les espèces indigènes.  

Le développement du roseau exotique, imposante plante à longues feuilles et arborant un plumeau touffu, va créer de l’ombre sur les quenouilles qui sont des espèces héliophiles (qui ne peuvent pas se passer du soleil, un peu comme les snowbird). De plus, le phragmite a tendance à assécher le milieu et la quenouille a grandement besoin d’avoir les racines dans l’eau pour vivre. #h2o

Les quenouilles d’ici

Sur huit espèces de quenouilles répertoriées dans le monde, deux poussent en terres canadiennes : la quenouille à feuilles étroites (Typha augustifolia) et celle à feuilles larges (Typha latifolia). Il est assez difficile de distinguer en un coup d’œil ces deux espèces, car leurs caractéristiques sont très semblables. La quenouille se reconnait bien grâce à son « pogo » brun très distinctif. Le vrai nom de cette partie : la massette. C’est le résultat de deux « têtes » qui se sont progressivement jointes ensemble. La partie supérieure (la fleur mâle) va tranquillement féconder la partie inférieure femelle qui elle est formée d’une multitude de graines. Apparaitra ainsi l’épi brun si familier qui va se disperser aux quatre vents quand la massette sera mature. 

Un parfait petit nid
Des services rendus

Mais pourquoi est-ce si important de s’en faire pour ces pauvres quenouilles me diras-tu? D’abord, les quenouilles aiment se développer en colonies denses qui offrent un abri à de nombreuses espèces d’animaux comme :  

  • Le si mignon petit blongios, oiseau à statut vulnérable que tu peux observer au parc-nature du Bois-de-l’Île-Bizard;  
  • La bernache du Canada qui peut faire son nid loin des regards des prédateurs;  
  • Le rat musqué, qui s’en délecte, l’utilise comme matériaux pour sa hutte et comme abri contre le vent et les vagues.  
Des beaux « pogos »

De plus, ces cocons de biodiversité, grâce à leurs réseaux racinaires étendus, forment des ancrages solides qui stabilisent les rives en plus d’assurer une filtration naturelle. On parle de phytoremédiation, du grec phyto = plante, et du latin remedium = restaurer. Phytoquoi…? En gros, les plantes ont besoin d’eau et de nutriments pour pousser et elles vont chercher ces éléments vitaux dans le sol via leurs racines, jusque-là ça va? 🙂 Vu qu’il y a beaucoup d’éléments polluants dans le sol, et que ces polluants ressemblent souvent aux nutriments dont les plantes ont besoin, les plantes se trompent et les absorbent par erreur (ou parfois volontairement, on pourra y revenir). Donc les plantes accumulent les polluants dans leurs tissus et les stockent dans des petits compartiments hermétiques cachés dans leurs cellules : les vacuoles. Ça leur permet de ne pas souffrir des effets négatifs des polluants. Mais pourquoi elles ne les rejettent pas? Et bien parce que ça les protège des herbivores qui, quand ils se risquent à les manger, deviennent malades. C’est fascinant! Tellement fascinant que ça fait plus de 20 ans que les chercheurs se penchent sur ce sujet. D’ailleurs on te propose de lire cet article si tu veux creuser (#mauvaisjeudemot) le sujet. 

L’heure du lunch

ALERTE FOODIES! Sache qu’au-delà du rôle écologique essentiel de la quenouille, ça se mange…! Ses rhizomes, des tiges souterraines servant de réserves alimentaires, à ne pas confondre avec les racines, peuvent être réduits en farine et sont riches en amidon, une sorte de glucose. D’ailleurs, les orignaux en raffolent tellement qu’ils peuvent plonger quelques mètres pour aller les dénicher. Sa tige peut aussi être pelée et son cœur mangé en salade comme les cœurs de palmier.  

Et finalement, pourquoi pas des « pogos » de quenouilles? Ce n’est même pas une blague! Les massettes peuvent être récoltées, lorsqu’elles sont encore vertes, puis frites. Il parait même que c’est savoureux!  

Par : Aymeric, éducateur-naturaliste

Sources images :  Pixabay, Pixabay, Jules Lamarre, PxHere

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