SÉRIE SPÉCIALE DES AVANTAGES ÉVOLUTIFS 

Dans la veine des animaux avec des pas pire avantages évolutifs, la mante religieuse ne donne pas sa place. On a déjà parlé de ses nombreuses adaptations méga cool. On n’a pas encore adressé un comportement qui, à nos yeux peut paraitre étrange et qui suscite bien des questions : « Pourquoi la mante femelle mange-t-elle le mâle? ». Apparemment, c’est synonyme de succès.  

La vérité

On le répète, bien que ce soit un gros insecte et que ses bras soient l’équivalent de petites scies avec des crochets au bout, la mante religieuse n’est pas dangereuse… Enfin, à moins que tu sois sur le menu. La mante se nourrit de plein de chose* : insectes, autres bibites, amphibiens, vers de terre, une autre mante religieuse, peut-être? 

Et oui, cette fameuse histoire. La femelle mante, assoiffée de sang, arrache sans pitié la tête du pauvre mâle lors de l’accouplement. Oui, oui. C’est documenté, ça arrive. Ça s’appelle du cannibalisme sexuel, et la mante n’est pas la seule affamée à faire ça. Toutefois, dans le cas de notre insecte chouchou, cette habitude est un peu exagérée, spécialement dans sa fréquence**. Ce comportement n’est d’ailleurs pas observé chez toutes les espèces de mante.  

Lorsque ça arrive réellement, la pauvre femelle, accusée d’être une sanguinaire, s’en prend effectivement à la tête du mâle. C’est simplement comme ça que les mantes ingèrent leur nourriture, la tête en premier!  

Le prix à payer 

Ce comportement étonnant, il est très efficace. Une étude a démontré qu’en mangeant le mâle, la femelle obtient des protéines et des nutriments qui composent l’oothèque (le sac dans lequel ses œufs passeront l’hiver) et favorisent la quantité d’œufs qui seront pondus peu de temps après l’accouplement. (On parle ici de 25% plus d’œufs…. ce n’est pas rien!) Bien sûr, avec nos yeux d’humains, le mâle mante religieuse serait mieux de quitter la femelle après son business et d’aller s’accoupler avec d’autres femelles. Mais, ce sacrifice permet à ses gênes une plus grande chance de succès dans la prochaine génération. C’est un prix fort payé (le mauvais côté, c’est que tu meurs), mais en termes évolutifs pour sa progéniture, c’est définitivement un gros win.  

Une femelle en train de produire son bel oothèque
Le cannibalisme sexuel 

Ce phénomène naturel s’observe chez des invertébrés. Et le plus souvent chez des espèces qui présentent un fort dimorphisme sexuel (où le mâle et la femelle ont une morphologie différente, ici, la femelle est plus grosse que le mâle). Les dolomèdes, certaines argiopes et les tarentules sont connues pour leur tendance à gober tout ce qui bouge autour d’elles, les mâles inclus. Les femelles scorpions aussi ont cette habitude gloutonne, tout comme certains escargots.  

Il existe quelques autres hypothèses pour explique le cannibalisme sexuel. Il pourrait favoriser les femelles, qui, sur le point de produire des œufs, ont besoin de plus d’énergie et donc de nourriture. Pourquoi dire non à un repas facile… Même situation si la femelle est blessée ou mal nourrie, elle aurait tendance à s’attaquer davantage à son partenaire. Ce comportement pourrait aussi être le simple résultat d’un débordement d’agressivité suite à la copulation. C’est possiblement un moyen pour la femelle de faire savoir à un mâle qu’il n’est pas à la hauteur… Message peu subtile. Ou encore, une bien malheureuse situation où la femelle ne reconnaît pas qu’un mâle lui fait la cour. Oupsy…  

Pas d’injustice ici, les mâles ont développé des techniques pour compléter leur rôle de mâle reproducteur, tout en gardant leur tête sur leurs épaules. Des araignées mâles ont été observés donner des offrandes de nourriture à leur douce moitié. Pendant que la femelle est occupée avec le cadeau, le mâle en profite pour copuler et se sauver rapidement. D’autres utilisent de la soie pour immobiliser la femelle lors de l’accouplement. Tactique un peu moins romantique que la précédente, mais tout aussi efficace. Parce que les mâles sont ingénieux, la liste est longue, on y reviendra!  


* Les colibris figurent comme un des repas de la mante religieuse et ce, même ici, en Amérique du Nord. Voici un vidéo, attention aux cœurs sensibles, on y voit la nature dans toutes sa splendeur. 

** Chez les espèces concernées, c’est entre 13 et 28% du temps qu’on observe du cannibalisme sexuel.  

Sources images : Oliver Koemmerling, Rupert Sciamenna

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