La migration, tu connais. C’est un déplacement cyclique vers le nord (ou vers le sud), qui permet, entre autres, à des populations de trouver des ressources temporairement. C’est un mouvement d’une grande importance pour la survie de plusieurs espèces. Dans la nature, il n’y a pas que des migrants, il y a aussi des réfugiés qui se déplacent vers le nord. On te parle ici de réfugiés climatiques qui se déplacent, non pas temporairement, mais pour de bon. Ce phénomène de déplacement de l’aire de répartition d’une espèce se produit actuellement parce que les habitats sont constamment modifiés. Pourquoi? Une des principales causes : le changement climatique actuel.  

Le réchauffement climatique en 3 phrases 

Il est incontestable que nous vivons présentement sur notre planète un réchauffement du climat. Si on simplifie (à la puissance 1000) la situation, on pourrait dire que chaque latitude du globe possède ses propres standards climatiques (ses températures moyennes, ses taux de précipitations, sa pression atmosphérique, etc.). Alors que le climat global de la Terre change, à chaque latitude on observe un réchauffement de son climat original. De manière imagée, on pourrait dire que les lignes de températures (des isothermes) voyagent de plus en plus vers les pôles.  

On voit ici les isothermes du Canada, avec le temps, les parties chaudes (rouges à jaunes) se déplacent lentement vers le Nord.
Réfugiés climatiques 

Évidemment, ces changements ont des impacts considérables sur nous, mais d’abord sur la nature. Puisque le climat change, immanquablement les habitats se transforment aussi. Et si les écosystèmes changent, les animaux qui s’y trouvent deviennent désadaptés à leur milieu et doivent se déplacer pour retrouver des conditions climatiques idéales pour leur survie (t’sais le succès là). C’est un mécanisme qui existe et qui prend de l’ampleur à chaque année.

Déjà en 2011, on calculait que les populations se déplaceraient vers le nord de 17 km, par décennie. (Plus on est au nord, plus l’impact est grand et donc, plus cette distance devrait être grande.) La même étude démontrait que les populations d’animaux et de plantes avançaient vers le nord en suivant le même profil de variation que les hausses de températures moyennes des zones où ils se réfugiaient. Le lien avec le changement climatique est donc réel. Ce n’est pas banal…  

En 2017, des chercheurs ont démontré que le mouvement des espèces marines vers le nord dû au changement du climat actuel se faisait 6 fois plus rapidement que pour les espèces terrestres. Une des raisons qui expliquerait ce résultat serait qu’il y a davantage d’obstacles sur terre que dans l’eau. Cela pourrait freiner les populations terrestres. Non seulement le terrain est plus ardu (ce n’est pas évident de traverser une chaîne de montagnes quand tu n’es qu’un petit papillon), mais la pression anthropique est probablement plus importante sur terre que dans l’eau. (Attention, on n’a pas dit qu’il n’y avait pas de pression exercée par les humains sur les espèces marines, au contraire. Toutefois, il se pourrait que les espèces aquatiques soient plus aptes à migrer malgré ces entraves.)  

Juste pour le fun, jette un coup d’œil à cette carte qui montre une projection de la distribution du peuplier faux-tremble au Canada. C’est hallucinant.  

Un réfugié, maintenant bien établi au sud du pays
Le ricochet anthropique 

Suis-nous bien ici. En plus de freiner la migration climatique des organismes vivants, les installations humaines prennent la place de ces organismes et c’est entre autres relié au climat. Si on regarde la dispersion des populations humaines sur le globe, on se rend compte que la majorité d’entre nous habitons dans les zones chaudes. (Tout le monde ne raffole pas de la neige comme nous!) Cette distribution est liée au climat. Dans les zones chaudes, on trouve de moins en moins de place pour construire (pas seulement des villes, mais pour l’agriculture et pour l’exploitation des ressources naturelles) et on empiète de plus en plus sur les milieux naturels. Résultat : les espèces sont repoussées où il y a de la place, et c’est généralement vers le nord que ça se passe.  

Les goulots d’étranglement  

Lorsque des espèces se déplacent pour retrouver de bonnes conditions, elles peuvent grimper sur les montagnes, où il fait généralement plus froid. Malheureusement, la montagne, elle, a une fin… C’est un cul de sac. Alors que les espèces montent pour retrouver des températures qui leur conviennent, elles se retrouvent toutes au même endroit. Comme la montagne a une capacité maximale de ressources et de support, de gros problèmes surgissent. Lire ici un risque accru d’extinction. On appelle ça, un goulot d’étranglement.

La même situation se pose aux pôles. Une fois rendu au pôle Nord, il n’y a plus de place où aller. Il reste une solution : s’adapter. S’adapter au milieu défavorable. Affronter la forte compétition déjà en place. Et maintenir sa position à l’arrivée de nouvelles espèces, elles aussi à la recherche de températures plus froides. Ce n’est pas facile.  

Il existe aussi des goulots créés par la forme du territoire. À la frontière de l’Ontario et du Québec, juste au sud de le Baie James, on trouve une bande de territoire restreint. Elle relie les parties est et ouest de la forêt boréale et elle est sous une intense pression anthropique. Qu’arrive-t-il aux espèces qui s’y réfugient? Prises au piège, leur habitat essentiel détruit, elles n’ont nulle part où migrer.  

Qui sont ces migrants? 

Autant les plantes que les animaux se déplacent pour conserver des conditions climatiques qui leur conviennent. Pour certains comme les animaux qui sont ectothermes (qui ne produisent pas leur chaleur et qui dépendent des températures externes), comme les amphibiens et les reptiles, leur seule option de survie est de migrer.  

Il y a toutefois des voyageurs avec une plus grande notoriété que les autres, principalement à cause de leur relation à l’humain. Prenons par exemple ceux qui causent des problèmes de santé publique ou des défis sanitaires. Mentionnons la vedette des dernières années : la tique à pattes noires. Auparavant, les hivers canadiens ne permettaient pas à ces coquines de survivre; ce n’est plus le cas aujourd’hui. De plus, au grand dam des amateurs de hors sentier, la tique est venue accompagnée de la bactérie qui cause la maladie de Lyme*. #notcool 

Lorsqu’une espèce passe une frontière**, elle devient légiférée par un nouveau gouvernement. Ici, on peut parler de l’opossum, du renard gri (qui est inscrit comme espèce menacée au registre canadien), tous deux en progression au sud du Québec. Et les poissons-gâchettes, des poissons tropicaux qu’on retrouve maintenant sur les côtes de la Nouvelle-Écosse.  

Une tique ça l’air de ça.

Évidemment, chaque espèce a son histoire, son chemin. Certaines avancent plus vite, d’autres s’arrêtent. Bien sûr, la température est un facteur important dans le déplacement des populations, mais d’autres phénomènes liés au changement climatique actuel, tels que le changement du sol, les émissions de gaz (quand le pergélisol fond par exemple) et les précipitations. Difficile, en terme de conservation, de faire des prévisions quand on ne sait pas quelles espèces se trouveront sur un territoire dans 100 ans! C’est un véritable casse-tête, on le sait.

T’as besoin d’un visuel? Juste ici tu trouveras une carte qui illustre les routes prédites que les organismes vivants vont suivre pour échapper au réchauffement de leur milieu de vie. Maintenant, le nouveau défi : garder ces corridors de migration obligatoires le plus naturel possible et connectés les uns aux autres. En serons-nous capables?  


* Ailleurs sur la planète, on voit la même situation avec les moustiques qui transmettent la malaria et les virus du Zika et de la dengue. 

** Imagine si, en plus, on construit un gigantesque mur à une frontière. Les espèces ne pourront pas poursuivre leur route migratoire. Un autre type de goulot d’étranglement pas vraiment glorieux pour l’espèce humaine… 

Par : Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste

Sources images :  Pixabay, Erik Karits

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