Monte, descend, monte, descend… Le niveau de l’eau dans la zone de balancement des marées dans le Saint-Laurent varie tous les 6 h. C’est réglé comme la montre de ton grand-père, euh, comme une horloge grand-père!


Qu’est-ce que ça change que l’eau monte et descende sur la plage ou sur des rochers? Ça change la salinité de l’eau, sa température, les vivants qu’on y trouve, bref, c’est un écosystème très spécial. Il y a une faune et une flore super adaptée à cette zones du littoral (aka « le bord de l’eau ») qu’on appelle le « médiolittoral », en comparaison avec le supralittoral (la partie du littoral au-delà de limite de la plus haute marée et influencée par les embruns d’eau salée) et l’infralittoral (la partie du littoral toujours sous l’eau et influencée par la lumière qui pénètre dans l’eau). En prenant en exemple le médiolittoral de l’estuaire du Saint-Laurent, cette biodiversité est donc capable de vivre 6 heures par jour sous l’eau très froide et très salée et un autre 6 heures par jour, au gros soleil, dans le sable chaud, avec très peu d’eau. Imagine: tu te fais bronzer 6 h par jour, pas de crème solaire, puis, le 6 h suivant, tu le passes dans le frigo, pas de manteau… et ça n’arrête jamais!


Le médiolittoral de Charlevoix qui se fait visiter par des jeunes explorateurs


Alors, comment font ces vivants pour vivre dans de telles conditions? D’abord, les végétaux présents dans cette zone sont surtout des algues. Comme il y a beaucoup de ruissellement dans ces zones, les espèces d’algues trouvées dans le médiolittoral dépendent aussi de la salinité de l’eau. On ne trouvera pas les mêmes espèces près du ruisseau qui coule vers la mer que celles qui se trouve plus près de la limite du médiolittoral. Par contre, on peut quand même voir de façon générale que les algues ont presque toutes des flotteurs qui leur permettent de ne pas rester écrasées quand l’eau remonte. Ceci les aide à maximiser la surface avec laquelle elles peuvent faire de la photosynthèse. Quand la marée baisse, c’est leur tissus souvent épais et gélatineux qui leur évite la dessiccation (autrement dit, qui les empêchent de devenir un raisin sec). Si tu en prends dans tes mains, tu sentiras cette genre de gélatine glisser sur tes doigts. Cette « glue », on s’en sert en cuisine! La mousse d’Irlande (une espèce d’algue rouge) est remplie de carraghénane, un glucide qui sert de gélifiant dans plusieurs produits laitiers comme la crème glacée. Il y a un p’tit peu de la mer dans ton congélateur! #ricardo


La faune du médiolittoral est aussi typique de cet écosystème. On y trouve une grande variété d’invertébrés, particulièrement des mollusques, quelques crustacés et quelques vers marins. Les animaux peuvent se déplacer davantage alors quand la marée baisse, ils ont tendance à se déplacer vers les zones humides: les cuvettes (les flaques d’eau entre les rochers), sous les algues, sous les roches ou dans le sable. C’est fou ce que tu peux trouver en soulevant une touffe de fucus! Des gammares (des p’tites crevettes qui nagent sur le côté), des néréis (des vers marins), des littorines (des minuscules escargots marins)…

Les mollusques, eux, sont plus chill et se déplacent moins. Comme s’ils vivaient dans une van, ils ont tout à portée de main… Quand la marée baisse: ils ferment leur coquille ou se colle à une roche pour garder l’humidité autour de leur corps mou. Quand la marée remonte, ils en profitent pour s’ouvrir, sortir leurs siphons et filtrer l’eau pour se nourrir du plancton. Certains mollusques comme les patelles (des genres de petits cônes) se collent par succion sur les roches et sont tellement bien accrochés qu’il est presque impossible de les décoller! D’autres comme les myes, restent enfoncées dans le sable et étirent simplement leur siphon pour filtrer ce qui passe par là.


Des belles patelles


Parce que cet article n’est qu’un BREF survol de cet écosystème fabuleux, à ton prochain roadtrip près de l’estuaire, prends un moment pour te promener près de l’eau à marée basse. Fouille les cuvettes, soulève les roches et les algues et observe cet écosystèmes d’un oeil nouveau. Surveille bien la marée car elle remonte toujours plus vite qu’on le pense!

Psssst: on te suggère ce guide pour accompagner tes découvertes!




Sources images : GUEPE, Auguste Le Roux

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