T’as surement déjà entendu ce son par une belle fin d’après-midi de juillet, chaude et ensoleillée. Ces bruits, qui peuvent se décliner en différentes gammes et tonalités, ce sont des insectes qui communiquent ensemble. Les sons ne sont pas émis par des cordes vocales (ou par un syrinx comme chez les oiseaux); les insectes n’en ont simplement pas. Ils les produisent plutôt en frottant différentes structures de son corps, variant selon les espèces. 

On appelle ça des stridulations. On les associe, le plus souvent, aux orthoptères, a.k.a. les criquets, les sauterelles et les grillons, qui sont de véritables prodiges. De vrais p’tits Pavarotti. 


Un ptit criquet-Pavarotti


Les stridulations ont des rôles multiples* notamment pour la sélection sexuelle, alors que le mâle essaie d’impressionner les femelles par diverses démonstrations. Il est supposé que les femelles choisissent les mâles émettant les stridulations les plus puissantes. Ces chants peuvent aussi servir à la protection ou la détermination d’un territoire par un mâle : les grillons, par exemple, font des combats de chant entre mâles pour la domination des branches ou des brindilles les plus hautes. Ainsi, pour le mâle positionné plus en hauteur, ses stridulations porteront plus loin et pourraient arriver à plus de femelles.

Pour capter les sons, les orthoptères sont munies de tympans : une membrane tendue pouvant se situer sur les pattes ou sur l’abdomen.  


Des instruments intégrés

Chez les grillons et les sauterelles, les stridulations sont émises par le frottement de leurs élytres. Quessé ça des élytres? Ce sont des ailes rigides que certaines espèces d’insectes possèdent et qui protègent les ailes de vol, plus fines et plus fragiles. Au repos, les élytres recouvrent les ailes postérieures, et en vol, elles ne battent pas, elles sont simplement relevées dans les airs. C’est une caractéristique qu’on associe souvent aux coléoptères, comme la coccinelle (on voit super bien sur cette photo les élytres relevées d’une ladybug qui s’apprête à décoller), mais plusieurs autres groupes d’insectes en possèdent aussi, dont nos mélodiques orthoptères.  

Alors, on trouve sur la face intérieure d’une des élytres des grillons et des sauterelles une série de petites dents microscopiques qu’on appelle la râpe stridulatoire, et sur l’autre, un grattoir, le plectrum. Quand l’insecte ouvre et ferme ses élytres, le plectrum frappe les dents de la râpe et la musique s’en suit. Chaque micro-variation dans la stridulation correspond à une dent qui passe sur le plectrum. C’est comme jouer du güiro ou encore, comme le principe d’un tourne-disque alors que la pointe de lecture (l’aiguille) frotte sur les sillons du disque

On voit le frottement des élytres sur ce clip d’une sauterelle verte.

Et on voit encore mieux sur ce vidéo d’un grillon. 


Le criquet des champs utilise une toute autre technique pour produire ses stridulations. La face interne de ses pattes arrières est dentée. Pour chanter, il doit donc frotter sa patte sur le rebord durci de ses élytres. Et le tour est joué pour une symphonie! 

Ce clip te donne une bonne idée du mouvement stridulatoire des criquets des champs. 


Shoutout à un chanteur bien calibré

L’oécanthe thermomètre remporte l’ADISQ pour la chanson la plus synchronisée avec la météo! Le chant nocturne (ou de fin de journée) de cet orthoptère est très particulier. Il fait vibrer ses ailes, qui frottent ensemble à la manière des grillons et des sauterelles. En écoutant attentivement sa série de Bru-Bru-Bru-Bru…, on peut mesurer la température. Plus le chant est rapide, plus il fait chaud, alors qu’il ralentit s’il fait plus frais. On dit qu’on peut compter le nombre de stridulations (chaque Bru) pendant 7 secondes, et additionner 5 au chiffre obtenu. Le résultat est la température du moment en Celsius. Est-ce que c’est scientifiquement prouvé? Non. Est-ce que ça marche à tous coups? Non plus. Est-ce que c’est méga le fun à essayer? Absolument!


Oécanthe, quel temps fait-il?


Les autres histoires

Les orthoptères ne sont pas les seuls à faire de la musique chez les insectes, pas du tout. Mais il faut avouer que leur talent et leur chant sont reconnus et reconnaissables. Parmi les autres musiciens miniatures, faiseurs de stridulations, on compte aussi bien des coléoptères. Il peuvent entre autre faire vibrer leur ailes, comme les orthoptères. Certaines frottent aussi leur ailes sur leur abdomen, d’autres frottent deux sections de leur thorax. La larve du coléoptère Passales est munie d’une râpe stridulatoire sur sa patte qui est grattée par une autre patte. Et si on sort du groupe des coléoptères, on pourrait aussi nommer les punaises (les hémiptères) comme insectes qui stridulent. Les exemples sont nombreux. 

Mais les stridulations, ce n’est pas tout. Les insectes produisent aussi d’autres types de sons. Les blattes sifflent, les bourdons bourdonnent, les cigales font de la distorsion de membrane, les termites jouent des percussions.** À travers les brins d’herbe et les pissenlits, ne se cachent pas seulement que des p’tits Pavarotti, mais bien l’orchestre au grand complet! 



* Certains arthropodes, l’embranchement qui regroupe les insectes, les arachnides, les crustacés (comme les crabes) et les myriapodes (les milles-pattes, les centipèdes, les scutigères, etc.), qui ne sont pas des insectes, produisent aussi des stridulations. Elles ont plus souvent comme fonction d’effrayer et d’éloigner les prédateurs, comme chez les mygales, certaines tarentules et des crabes.

Des serpents, des poissons et certains oiseaux ont aussi des adaptations physiques qui leur permettent de produire des stridulations par frottement. 

** On y reviendra à toute cette musique d’insectes. Il y en a long à dire!! 




Sources images : Ian KirkLon & Queta

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