Tu as probablement déjà observé un rang achalandé de fourmis qui se suivent ou vu le film d’insectes révolutionnaires FourmiZ ou tu as peut-être même le mauvaise souvenir de la fois où tu t’es assis directement sur une fourmilière. Comme elles sont plus que communes (on parle ici de l’insecte le plus nombreux sur la planète*), on prend souvent les fourmis pour acquis. Et pourtant…

D’abord, leur nombre compense pour leur petite taille. Ces hyménoptères (ordre qui inclut aussi les abeilles et les guêpes) font en général entre 0,75 et 50 mm de long**. Les fourmis sont aussi les témoins vivants que l’union fait définitivement la force. Et mine de rien, elles travaillent fort, non seulement pour leur propre bénéfice, mais elles sont à l’ouvrage pour les écosystèmes aussi. 

Elles se nourrissent entre autre de matière organique et que certaines espèces font leur nid dans le bois, elles participent à accélérer la décomposition de la matière (comme les vers et les autres décomposeurs). Elles sont partie de la chaîne trophique, comme proie, mais aussi comme prédatrice. Leurs innombrables galeries contribuent à l’aération du sol et tout le déplacement de particules pour les créer permet de labourer le sol de manière naturelle. Sans parler qu’elles sont aussi des pollinisateurs importants. La liste des services écosystémiques rendus par les fourmis est assez longue. 


Fourmi noire gâte-bois


Parce qu’elles vivent en colonie hautement organisée, on dit des fourmis qu’elles sont des insectes sociaux***. Dans la fourmilière, on peut trouver des milliers d’individus qui sont généralement divisés en trois castes (ou catégories) de fourmis : les reines, les mâles et les ouvrières. Chacune de ces castes ont des caractéristiques physiques distinctes et des rôles à jouer au sein du groupe. Les reines pondeuses sont beaucoup plus grosses que les ouvrières qui elles, peuvent avoir de vraiment grosses mandibules et les mâles sont ailés. Les différences morphologiques dans une même espèce sociale s’apparentent au phénomène du polyéthisme de caste. C’est quoi ça? C’est la division du travail. Ces adaptations selon les castes permettent aux individus d’être plus performants dans ce qu’ils ont à accomplir. 


On voit ici des fourmis (Labidus praedator) d’une fourmilière, ayant des morphologies différentes au sein même d’une caste. Ces ouvrières, spécialisées pour des tâches différentes, ont des têtes de grosseurs différentes. 


Qui fait quoi? 

Lorsque la reine, a.k.a. Mother of dragons, crée une colonie, elle pond quelques oeufs dont elle s’occupe elle-même. Elle produit des oeufs nutritifs pour nourrir les premières larves (en cas de besoin, cette jeune reine peut elle aussi manger ces oeufs nutritifs). Une fois au stade adulte, les ouvrières du premier couvain prennent le relais pour s’occuper des oeufs suivants et ainsi de suite. La reine n’aura ensuite pour fonction que de pondre et pondre et pondre et pondre. 

Les larves de fourmis n’ont pas de pattes, elles sont donc dépendantes des adultes de la colonie. Les ouvrières, qui ne pondent pas, ont pour objectif de maintenir la colonie. En plus de s’occuper des couvains, elles veillent à l’approvisionnement en nourriture, s’occupent des soins de la reine, construisent des galeries et assurent la défense de la fourmilière. Les mâles, quant à eux, ont l’unique fonction de féconder la reine. Ils meurent peu de temps après l’accouplement : une vie courte, mais productive. 


Comment la reine fait-elle pour pondre sans cesse? 

Excellente question. La reine, généralement beaucoup plus grosse que les ouvrières, a un sac dans son abdomen, la spermathèque, dans lequel elle conserve la semence des mâles en vie en produisant une substance nutritive. Cela lui permet de pondre des milliers d’oeufs sans avoir de nouveau contact avec des mâles. Et ce, sur plusieurs années. #girlpower



Les fourmis sont omnivores. On pourrait croire qu’elles sont xylophages (qui se nourrissent de bois), carnivores ou détritivores, mais en réalité, elles ne sont pas difficiles. Elles raffolent de miellat, un liquide sucré produit par les pucerons****, mais aussi des oeufs d’insectes et des morceaux de plantes. (Une fois dans nos maisons, elles chassent nos colocs indésirables et mangent tout ce que nous pouvons manger…). Les fourmis ouvrières ont deux estomacs. Un est très grand (qu’on appelle le jabot social) où la nourriture ingérée est maintenue sous forme liquide pour être partagées avec la reine et les larves. 


On rencontre chez les milliers d’espèces de fourmis des comportements fascinants, uniques dans le monde des insectes. C’est ce qui fait le charme de ces petites bibittes. Mais le charme ce n’est pas tout. Le succès indéniable des fourmis repose sur leur opportunisme alimentaire, sur leur complexe organisation et sur la communication entre les individus pour assurer leur capacité à résoudre des problèmes complexes. Sans parler de leurs adaptations physiques permettant la spécialisation maximale et la compétence de chacune des p’tites fourmis. Comme on dit : la chaîne est aussi solide que son maillon le plus faible. 


On te propose ce 60 minutes bien investi si tu veux en savoir plus sur les fourmis. 



* On estime la population de fourmis de la Terre à environ un milliard de milliard… 

** Plus grosse fourmis jamais trouvée est une espèce fossile dont la reine mesurait environ 6 cm de long… Les plus grandes ouvrières appartiennent à l’espèce Dinoponera quadriceps et font un considérable 3 cm de long. Cette espèce n’a pas de reine, certaines ouvrière dans la colonie se reproduisent. C,est pourquoi elles sont plus grosses que des ouvrières infertiles. 

*** Beaucoup d’insectes ont choisi cette approche communale pour augmenter leurs chances de survie. Les abeilles, les termites, les guêpes. On t’en parle ici. 

**** La relation entre les fourmis qui mangent le miellat, les pucerons qui le produisent et les coccinelles qui chassent les pucerons est un exemple parfait des multiples relations interspécifiques qu’on trouve dans la nature. On y reviendra à ce trio.  




Sources images : Melissa McMasters, Alexander Wild, Ryan Hodnett

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