Le lapin à queue blanche qui grignote les concombres de ton jardin, le raton laveur qui décide d’élire domicile dans le toit, l’écureuil qui vide les mangeoires d’oiseaux… en ville comme en campagne, il faut parfois cohabiter/coexister avec des voisins dérangeants. Ces animaux qu’on dit nuisibles le sont-ils vraiment? 


Bien souvent on entend la phrase : Je ne suis pas en ville pour vivre avec des animaux sauvages, leur place est à la campagne dans leur habitat naturel! Pourtant leur habitat peut définitivement être la ville (c’est un écosystème à part entière) et que plusieurs espèces ont su, non seulement s’y adapter, mais aussi en prendre avantage.



Cet écosystème urbain regroupe l’ensemble des constructions humaines (dont ta maison et ton cabanon), des rues, mais aussi les espaces verts créés ou conservés par les humains comme les parcs, les parcs-nature et les corridors verts. C’est donc un grand territoire morcelé (de plus en plus grand avec l’urbanisation croissante partout sur la planète!) qui fournit nourriture, abris et sécurité pour de pleinnnn espèces. Contrairement à ce que l’on pourrait croire aux premiers abords, la biodiversité d’une ville comme Montréal peut être très impressionnante… fragile (attention les humains!), mais impressionnante. Depuis quelques années, cette biodiversité montréalaise fait de plus en plus la manchette : des dindons sauvages en pleine rue passante, des castors qui refont la décoration des berges, des coyotes qui suivent l’horaire des camions de poubelle ou des renards qui élèvent leurs petits dans une ruelle et qui poursuivent les cyclistes.

By the way, quand on dit animaux sauvages ça ne veut pas dire animaux féroces ou encore agressifs. Le concept de « sauvage » est en parallèle avec celui de « domestique ». En gros, un animal sauvage n’a pas été domestiqué/apprivoisé par l’humain, il n’a donc pas besoin de nous pour son cycle de vie et ses besoins primaires. Et il faut que ça reste comme ça (!) parce que bien souvent, quand on croit bien faire en nourrissant un animal sauvage, on finit par lui nuire. La nourriture que l’on fournit volontairement ou involontairement (pense au contenu de ta poubelle qui a été soigneusement éparpillé PARTOUT sur le trottoir), est le principal enjeu qui contribue au phénomène d’habituation chez l’animal sauvage. Ils arrêtent de nous percevoir comme des prédateurs, ce que nous sommes à la base, et perdent leur peur naturelle. Ça les amène à nous côtoyer de plus proche et c’est souvent là qu’ils développent des comportements dit « nuisibles » pour nous et voir même agressifs. Bien sûr, les écureuils sont siiiii mignons… mais, on ne compte plus le nombre de morsures chaque année… On te rappelle que leurs dents sont faites pour briser des coques de fruits : tes doigts n’offrent pas grande résistance face à leurs incisives, c’est garanti! 



En plus, qui dit plus de nourriture disponible, dit aussi plus de bébés les années suivantes. Le succès de reproduction est tributaire de plusieurs facteurs, dont les ressources disponibles pour nourrir les parents et la génération suivante. Un bon exemple serait les bernaches du Canada dites résidentes (qui restent en région tempérée pendant l’hiver), dont la population explose depuis plusieurs années tandis que celles qui migrent jusqu’au Nunavik connaissent un important déclin du nombre de couples nicheurs. Beaucoup de nourriture, peu de prédateurs, de moins en moins peur de l’être humain et de leurs selfies, la combinaison est gagnante pour l’augmentation de la population en ville… mais aussi, des inconvénients qui viennent avec! Des excréments qui polluent les eaux et les terrains, les plantes arrachées, des comportements agressifs de protection, et on ne passe. 


Faut comprendre que tout est une question d’économie d’énergie chez les animaux. Le coyote fait aisément son choix entre chasser le petit campagnol qui court vite et chasser le sac de plastique laissé sur le bord du trottoir. Ça crée donc une habitude chez les importuns qui se nourrissent dans les poubelles, qu’ils peuvent même transmettre dans l’éducation à leurs tout-petits. Rajoutons à ça que la nourriture fournie par les êtres humains, même avec toute la bonne volonté du monde, est souvent bien inadéquate pour les animaux et peut créer des carences importantes comme le syndrome des ailes d’ange chez les oiseaux (qui les empêche de voler toute leur vie. On y reviendra.).  



Et quand les animaux deviennent agressifs que se passe-t-il? Et bien on les prélève du milieu : parfois on les déplace (ce qui est pas toujours possible selon les lois, les protocoles et les $$ disponibles) et parfois on les euthanasie (quand le déplacement est impossible ou qu’ils présentent un trop grand danger pour la sécurité). Ce qui revient à ce qu’on disait plus haut… quand on croit bien faire en nourrissant un animal sauvage, on finit par lui nuire.

Sooooo, c’est vrai que la cohabitation/coexistence avec la faune en ville n’est pas toujours facile, mais on a le pouvoir de la rendre plus douce. Gardons les animaux sauvages… sauvages! On les admire de loin, on gère nos poubelles et on apprécie que notre ville soit verte!


P.S. On t’invite à visiter le site du Ministère des Forêts, Faune et Parc, il y a une foule d’infos et d’astuces pour décourager les petits mignons de venir dans ta cour!




Sources images : Jeffrey Beall, Murray Foubister, Pxfuel

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