En écologie, rien n’est laissé au hasard. ​Toooouuuuuuus​ les milieux sont étudiés et leurs fonctions sont connues et reconnues. Pour un naturaliste, c’est donc la moindre des choses que de considérer tous les écosystèmes comme des morceaux d’un casse-tête géant qui forme les biomes. Mais aux yeux de tous et chacun, certains espaces semblent peu ou pas importants, enfin, pas assez pour qu’on leur porte attention. Et pourtant.

On met donc le ​spotlight​ sur une zone méconnue qui mériterait plus de ​love​ : la lisère. C’est quoi ça? C’est exactement ce que tu penses : une zone de transition entre deux milieux. Entre une forêt et une prairie, entre une friche et une plage… On l’associe souvent à une forêt et à un milieu adjacent, mais la lisière peut aussi exister entre deux milieux autres que forestiers. Les lisières naturelles se déplacent et se modifient avec le temps. Par exemple, les limites des déserts sont poussés par le vent avec les années ou les zones dégagées des sommets montagneux sont modifiés par le climat. Quand on considère ces milieux transitoires dans l’ensemble du paysage d’une région (en incluant toutes les zones du territoire), on les appelle des écotones. On y rencontre des conditions spécifiques de climat, des ressources uniques à ces milieux, des micro-habitats, etc. 



Le parfait mix

Les deux milieux se chevauchent et créent un troisième écosystème : le mélange parfait. Sur cette interface, on trouve alors des espèces des deux milieux situés de part et d’autre qui coexistent. On y trouve aussi des espèces spécifiques à cette zone. Les lisières ont donc généralement une forte biodiversité. Et c’est ici que tu comprends pourquoi c’est important!

Par exemple, les pollinisateurs qui s’affairent dans un champ visitent aussi l’orée de la forêt voisine. Les oiseaux chanteurs se procurent des matériaux dans la prairie pour fabriquer leur nid douillet dans les grands arbres forestiers. Le lapin à queue blanche profite des nombreuses cachettes de la forêt, sans se gêner pour aller grignoter dans la friche avoisinante.

En plus de favoriser la biodiversité en accueillant des espèces spécialistes de la lisière, cet écotone agit comme un filtre pour limiter les introductions non avantageuses dans un ou l’autre des milieux. Comme leur structure est généralement graduelle (sauf si on a affaire à une falaise par exemple), elle freine la progression d’espèces ou de phénomènes qui pourraient provoquer des perturbations importantes. 



Le problème

On va pas se mentir, les lisières, c’est super cool et super efficace quand elles sont naturelles, mais elles sont très souvent créées par l’humain. Penses à un paysage rural. Oui, oui. Tous ces champs bordés de forêt, ce sont des lisières artificielles, mais comme elles sont abruptes ou minces, elles perdent de leur efficacité.

Les espèces qu’on retrouve au bord de la zone ne sont pas nécessairement adaptées pour leur nouvelle position. Les végétaux peuvent vivre des stress parce qu’ils reçoivent trop ou trop peu d’eau, de chaleur ou de lumière. Trop de vent, trop de gel. Le sol est modifié et ça peut entraîner des conséquences pour la flore. La résilience des individus qui subissent tous les aléas de la météo diminue et ils pourraient devenir plus vulnérables à des envahisseurs, autant des insectes (comme les scolytes) que des plantes, comme le nerprun et l’herbe à puce. Ces lisières artificielles deviennent des corridors de dispersion pour ces espèces pas agréables.

Les animaux aussi peuvent avoir la vie dure sur des lisières non-naturelles. On y note souvent une prédation accrue. Imagine une lisière entre une parcelle de forêt et un champ. Les rapaces ou les corvidés (les corneilles et les corbeaux) qui chassent en milieu ouvert exercent alors des pressions jusque dans la forêt puisqu’elle est atteignable. Les oiseaux chanteurs ou les micro-mammifères, spécialistes de la forêt devront reculer plus profondément dans la parcelle. Si la parcelle est trop petite, ils seront obligés de quitter définitivement la zone.


Il existe des solutions. Lorsqu’il est nécessaire de créer des lisières, il faut penser à un aménagement adéquat de cette zone, au moment de la création et pour le futur, en protégeant les fonctions de l’écotone et en limitant les perturbations. Des plantations, des infrastructures pour la gestion et le drainage de l’eau, des fauches, de l’entretien, des réglementations pour la construction, ce sont toutes des solutions viables. Mais, entre nous, la meilleure lisière, c’est définitivement la lisière naturelle! 




Ce projet a été rendu possible grâce à la contribution de la Fondation de la Faune du Québec et au soutien financier d’Hydro-Québec.

Sources images : Public Domain, GUEPE

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