Le pergélisol, l’indispensable glace sous nos pieds

Le sol qui gèle, c’est probablement pas une de tes préoccupations. Pourtant, le sol gelé c’est beaucoup plus que des cailloux frettes.

Parc national Auyuittuq, Île de Baffin, par Mike Beauregard

Parc national Auyuittuq, Île de Baffin, Nuvavut, par Mike Beauregard

Le gel en continu

À certains endroits, le sol est gelé en permanence, on appelle ça le pergélisol. L’eau qui est dans le sol, entre les grains et les cailloux, même dans (!!) les roches, est glacée et ne dégèle* pas. Lorsque le pergélisol se forme et que l’eau gèle, ça crée un soulèvement du sol; l’eau gelée devient moins dense et prend plus d’espace que lorsqu’elle est liquide. C’est pour ça qu’après l’hiver les routes sont pleines de trous. Le sol a bougé et a tout fait craquer. #niddepoule

La zone de pergélisol se situe sous une couche, dite active, qui capte la chaleur du soleil et permet la germination des graines des plantes. C’est cette couche qui est soulevée par le gel.

Plus au nord, où il fait super froid, comme sur l’Île de Baffin, le pergélisol peut descendre jusqu’à 1500 m. Il arrive même qu’une couche de glace se forme sous le sol par cryosuccion. L’eau gelée attire l’eau liquide, qui finit par geler et qui attira encore plus d’eau liquide… et ainsi de suite. Cette couche de glace peut créer une expansion de 50% (du pergélisol et donc) du sol. Parce que le gel dans le sol crée des mouvements (pas des gros mouvements comme ceux qui créent les montagnes, mais des mouvements assez puissants), on voit à la surface des reliefs étranges se dessiner : les sols polygonaux (zone composée de trous de formes géométriques résultat des fissures causées par la glace)** et les pingos (monticules dont le noyau est de la glace) et des thufurs (petites buttes gazonnées) sont les plus extraterrestres.

Sols polygonaux et pingo aplani, près de Tuktoyaktuk, au Territoires du Nord-Ouest, par Emma Pike

Sols polygonaux et pingo aplani, près de Tuktoyaktuk, Territoires du Nord-Ouest, par Emma Pike

 

C’est quoi le rapport

Parce que le Canada est un pays nordique, sans trop le savoir, le pergélisol, ça fait partie de notre patrimoine naturel. Il couvre presque 50 % de la superficie de notre pays et pas loin de 24 % de l’hémisphère Nord (soit environ 23 millions de km2). Malgré ses origines préhistoriques (sa formation remonterait à la suite de la dernière glaciation), le pergélisol n’est pas immuable… Il est affecté par un tas de choses dont les changements de températures journaliers et saisonniers, mais aussi ceux qui ont court sur de très longues périodes comme le changement climatique que l’on vit présentement. À cause de l’augmentation de la température, le pergélisol, qui contient plusieurs gaz, dégèle et libère dans l’atmosphère du méthane et du dioxyde de carbone, deux gaz à effet de serre. Oupsy…

C’est pas tout: des populations entières vivent dans des zones de pergélisol. Crois-nous, si ta maison, tes routes et toutes tes infrastructures sont construites sur du sol gelé, tu veux pas que ça dégèle En plus, certaines plantes et animaux, comme le saule arctique, le renard arctique et les caribous, sont spécialisés pour ce type d’habitat (on y reviendra parce que leur adaptations sont trop cool). Si le pergélisol disparaît tranquillement, qui sait ce qui va arriver à ces espèces.

Dans le présent, on peut encore profiter de l’ambiance extraterrestre des déserts glaciaux de pergélisol, mais c’est full important de prendre conscience de ce qui lui arrive.

 

 

* Quand on parle de pergélisol, on n’utilise jamais le terme « fonte ». On parle plutôt de « décongélation » ou de « dégel », parce que le sol, ça devient pas liquide… Par contre, il faut savoir qu’il existe différents types de pergélisol : le continu (où 80% du sol est occupé par le pergélisol), le discontinu (30% à 80%) et le sporadique (où moins de 30% du sol est gelé). En passant, il existe aussi des pergélisols secs dans les zones arides où la température du sol est constamment sous 0 °C, mais où il n’y a pas d’eau.

** Y’a aussi ça sur Mars

 

 

Sources images : Mike BeauregardEmma Pike (Wikipedia), GUEPE