Le mythe des chauves-souris : un trésor qui en arrache

Question du public : Est-ce que les chauves-souris sont dangereuses ?

En cette fin d’octobre, on célèbre leur réputation de vampire affamé de sang et de vilaine bête diabolique… et pourtant, c’est loin d’être leur réalité. Il existe plus de 900 espèces de chauves-souris sur Terre (certains pensent que le chiffre serait autour de 1300…) dont seulement quelques unes se nourrissent de sang (parce que, oui, les chauves-souris vampires, ça existe, mais elles ne boivent que le sang de bétail… pas le nôtre).

Saches que de notre côté des océans, nos 8 espèces de chauves-souris québécoises sont toutes munies de dents et peuvent mordre, mais elles sont toutes insectivores. Il est donc très peu probable que tu te retrouves avec un chiroptère diabolique attaché au cou pour te transformer en cadavre vivant… Parce que nos chauves-souris se régalent de petites bibittes, elles jouent un rôle de premier plan dans le contrôle des indésirables. Pense à ça : sans ces mammifères ailés* soupçonnés à tort d’être des vampires, il y aurait beaucoup plus de moustiques fatigants, qui eux, boivent notre sang pour vrai… Et plus encore, elles mangent des insectes nuisibles pour l’agriculture et nos forêts. Ici et même ailleurs dans le monde, les chauves-souris participent aussi à la pollinisation et à la dissémination des graines. Merci les girls!

Grand chauve-souris brune, par Andrew McKinlay

Grand chauve-souris brune, par Andrew McKinlay

Nos chauves-souris

D’abord, toutes nos chauves-souris sont méga cute avec leur oreilles “pixie” supersoniques. ♥‿♥ Ensuite, on divise nos chiroptères en deux groupes selon ce qu’elles font de leur hiver. La cendrée, l’argentée et la rousse quittent pour le sud en automne. Ces migratrices ont de grandes ailes leur permettant de voler comme des pros sur de longues distances. Quand elles sont dans notre coin, on les trouve dans les milieux ouverts, comme les abords de plan d’eau ou les prairies. Au contraire, on trouve nos chauves-souris résidentes dans les forêts denses et les milieux urbains. Elles ont de petites ailes leur permettant de voltiger avec agilité à travers branches et/ou fils électriques. La pipistrelle (autre mot pour dire “petite chauve-souris à oreilles courtes”) de l’Est, la pygmée de l’Est (aussi), la grande et la petite chauves-souris brunes et finalement la nordique sont ces guerrières qui hibernent dans nos régions. Pour leur sommeil hivernal, nos amatrices de cavernes se trouvent un coin tranquille comme une grotte ou une mine abandonnée.

 

Le drame des cavernicoles

Au moment où tu lis ces lignes, une infection se répand à la vitesse grand V à travers nos populations de chauves-souris résidentes. Imagine un champignon qui pousse sur la peau des chauves-souris pendant qu’elles hibernent (comme si elles pourrissent vivantes) : c’est exactement ce qui se passe et on appelle ça le syndrome du museau blanc (SMB). Les grottes froides sont parfaites pour la croissance de ce champi blanchâtre introduit d’Europe. Lorsqu’un mammifère entre en hibernation, il abaisse entre autre sa température corporelle; une chauve-souris aussi froide que la paroi rocheuse d’où elle pendouille est un parfait milieu de culture pour ce terrible champignon. Une fois atteinte, la chauve-souris se réveille de son hibernation et meurt**. On parle d’un taux de mortalité de 90 à 100% dans les populations touchées. 100%, ça veut dire “toutes les chauves-souris” d’une population. C’est beaucoup.

Les chauves-souris sont connues pour se tenir (et hiberner) en gang ce qui favorise la propagation rapide de l’infection***. Depuis 2006, on parle d’une propagation d’environ 200 km par année. Aujourd’hui, on trouve des populations atteintes du SMB dans les Prairies et au centre des États-Unis. C’est donc la moitié du continent qui est maintenant touché, en plus de quelques cas isolés dans l’Ouest américain. 

Ce que tu dois comprendre : ça va pas super bien pour nos belles chauves-souris et selon le Comité sur la situation des espèces en péril du Canada (COSEPAC), certaines sont en voie de disparition. Par chance, des chercheurs ont découvert qu’une bactérie pourrait stopper le champignon sans affecter les chauve-souris. On parle ici de lutte biologique, mais cette découverte est encore à l’état embryonnaire. Croisons les doigts pour nos voisines à grandes oreilles!  

Grande chauve-souris brune en vol, par Bill Kraus

Grande chauve-souris brune en vol, par Bill Kraus (digitalbiology.com)

 

 

 

* On veut juste pointer que les chauves-souris sont les SEULS mammifères qui ont la capacité de voler. Les écureuils volants (de leur vrai nom, les polatouches) peuvent planer et sauter, mais n’ont pas la capacité de voler à proprement parler. Et une gang d’humains dans un avion, ça compte pas. 

** Lors de l’hibernation, un animal utilise ses réserves d’énergie pour se maintenir en vie. Comme ces réserves sont limitées, il abaisse son métabolisme pour utiliser au minimum son énergie et la conserver. Si un animal en hibernation se réveille complètement de sa torpeur, il devra utiliser beaucoup d’énergie pour maintenir son corps chaud. Les chances sont donc assez élevées qu’il n’y arrive pas et qu’il meurt d’épuisement.

*** La propagation du champignon peut aussi se faire par l’humain. On soupçonne d’ailleurs une introduction anthropique au Canada.

 

 

One comment on “Le mythe des chauves-souris : un trésor qui en arrache”

Comments are closed.