« Ben voyons!! Pourquoi toutes les cocottes sont dans le haut du sapin? », s’est exclamée la madame bien étonnée. Premièrement, c’est une excellente question! La distribution des cônes sur un conifère, c’est assez mystérieux, en effet. Et deuxièmement, ce n’est pas un sapin, c’est une épinette, mais ça sera le sujet d’un prochain billet. 


C’est ça que la madame voyait.


D’abord, qu’est-ce qu’une cocotte?  

Les cônes (pour les appeler par leur vrai nom) sont ce qu’on pourrait appeler les fruits des conifères (mais pour être plus juste, il faudrait dire que c’est l’élément qui regroupe les organes reproducteurs des conifères). On trouve des cônes femelles et des cônes mâles. Ces derniers produisent le pollen. Les cônes femelles, qu’on appelle aussi les cônes de graines, ont des écailles sous lesquelles se cachent les ovules. Une fois l’ovule fécondé par le pollen, elles se transforment en graines. C’est exactement le même principe que pour une fleur tout à fait standard. À partir du moment où les graines sont formées, on peut considérer ces cônes comme des fruits puisqu’ils portent et protègent les graines.  

La question du positionnement des cônes sur l’arbre est une question qui reste à ce jour sans réponse. Ce n’est pas comme si on pouvait demander au grand pin d’à côté what up avec ses cocottes… Mais, il existe des hypothèse pas piquées des vers.  



Question de dissémination 

Bien que chez les conifères, la dispersion des graines soit fréquemment faite par les animaux (comme les écureuils quand ils cachent les cocottes un peu partout dans la forêt), la principale méthode de dissémination est par le vent (c’est l’anémochorie). Par exemple, le sapin baumier a, dans ses cônes, des graines ailées. Pas comme un oiseau là, non. La graine porte une excroissance membraneuse qui lui permet de pogner dans le vent, quand vient le temps de quitter sa cocotte pour aller coloniser. Même histoire pour les épinettes, la pruche, le thuya et bien d’autres conifères d’ici. Alors, si les cocottes poussent en plus grand nombre près de la cime de l’arbre, là où il vente pas mal, ça donne plus de chances aux graines d’être dispersées plus loin, où il y a moins de compétition et donc, plus de succès.  


Question de fertilisation 

Il est aussi possible que cette distribution en hauteur des cônes améliore les chances de pollinisation croisée. C’est quoi ça? C’est quand le pollen d’une plante (disons ici, le sapin 1) féconde une autre plante de la même espèce (disons ici, les cônes femelles du sapin 2). La plupart de nos conifères ne sont pas auto-fertiles (les ovules du sapin 1 ne peuvent pas être fécondés par le pollen du sapin 1). Au contraire, il y a aussi des plantes qui font de l’autofécondation : la fécondation se produit entre le pollen et l’ovule d’une même fleur. Chacun son style, comme on dit.   

Donc, dans le cas des conifères qui ne font pas d’autofécondation, on peut supposer que si les cônes sont en haut de l’arbre, il est peu probable que le pollen soit soufflé par le vent, verticalement. Les chances sont donc faibles qu’il arrive dans les cônes femelles du même arbre.


Des cônes mâles de sapin baumier


Cette distribution bien mystérieuse des cônes sur les conifères est donc probablement liée au vent et au succès des espèces, comme bieeennnnnnn des adaptations dans la nature. Mais, on n’observe pas cet arrangement sur tous les conifères. Et bien non. Certains ne produisent pas de cônes. Ils portent des arilles, de petits fruits charnus qui enferment partiellement la graine, comme chez l’if du Canada. Considérant que c’est un arbuste, et qu’il est rarement exposé au vent, il y a peut-être un lien… Qui sait? ¯\_(ツ)_/¯ 




Sources images : Needpix, GUEPE, Joseph O’Brien, USDA Forest Service

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