Bien qu’il soit natif des terres polaires, il arrive qu’on retrouve le harfang des neiges, le beau hibou blanc, plus au sud du Canada. Il se rend même de l’autre côté des lignes, aux États-Unis. Cependant, contrairement aux snowbirds qui s’en vont en quête de chaleur dans le sud, le harfang, lui, est attiré par autre chose… de la nourriture (lire ici, les lemmings)!  

Grand carnivore plumé de la toundra arctique, le harfang base son alimentation essentiellement sur les lièvres, les oiseaux et même, les renards. Mais ce dont il aime le plus se remplir la panse, c’est de lemmings. En été, ces petits mammifères aux allures de hamsters deviennent leur principale source de protéines. Or, la densité de population du lemming varie périodiquement et tous les 4 ans subit une chute drastique.  

Le harfang, comme d’autres carnivores dont l’alimentation dépend du lemming, a dû s’adapter à ces fluctuations rapides et parfois extrêmes de disponibilité de son confort food préféré.

Pour mieux comprendre, quelques mots sur le cycle du lemming 

On sait que madame lemming peut donner naissance quelques semaines seulement après qu’elle-même n’ait vu le jour. Elle serait même capable d’avoir jusqu’à 3 portées en un seul été. Efficace dis-tu? En hiver, la neige n’est pas un obstacle à leurs galipettes nuptiales. Cela résulte parfois en une explosion de la démographie lemming-ienne la saison suivante; on parle d’une « année à lemmings ». Cette abondance exceptionnelle de lemmings amène une densité de rongeurs 40 fois plus élevée à l’hectare qu’à son niveau de base. 

C’est un phénomène périodique qui revient tous les 4 ans environ. Il serait lié à la prédation (renard arctique, hermine ou encore, le harfang des neiges), mais aussi à la disponibilité de nourriture pour le lemming. La nourriture ne peut que varier localement en fonction du nombre de rongeurs au pied carré. Plus ils sont nombreux, plus ils mangent et plus la végétation locale a besoin de temps pour s’en remettre. 

Un p’tit lemming d’Ungava (ou lemming à collerette)

Cependant, ces variations synchrones de populations de lemmings sont observées localement uniquement. (Quand on dit « localement » on veut dire « sur une distance de plusieurs centaines de kilomètres » quand même.) En plus, l’augmentation du nombre de ces petits mammifères à un endroit donné n’aura pas de conséquence sur une population de lemming à 1000 km de là. Tu vois où je veux en venir? 

Le harfang, lui, il a compris. Il se déplace de garde-manger en garde-manger. Il est donc prêt à migrer sur plusieurs milliers de kilomètres pour trouver sa nourriture favorite en abondance. Ainsi, la forte démographie de lemmings dans une région va attirer les prédateurs qui vont se déplacer, parfois de loin, vers ce banquet all you can eat. Après ce festin, la population de lemmings risque de diminuer drastiquement jusqu’à la prochaine année du lemming. 

Le harfang et le lemming, c’est le cycle de la vie! 

Par : Aymeric, éducateur-naturaliste

Sources images : Jongsun Lee,  Fabrice Simon

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