Situé à 1780 km de la source du fleuve, le golfe du Saint-Laurent débute officiellement à Pointe-des-Monts, où l’estuaire se termine. Il est bordé par la Gaspésie, la Côte-Nord et les provinces des maritimes. C’est aussi ici qu’on trouve les populaires Îles-de-la-Madeleine et d’Anticosti. Le golfe s’ouvre sur l’océan Atlantique par le détroit de Cabot (entre Terre-Neuve et le cap Breton) et le détroit de Belle Isle (pas loin de Blanc-Sablon). On appelle cet incontournable (on ne peut littéralement pas le contourner…), une mer intérieure (qui fait environ 240 000 km2, soit juste un peu plus petit que le Royaume-Unis). Sa position, son fond et ses eaux, salées, en font un bassin de biodiversité unique au monde. C’est en quelque sorte, la porte d’entrée de la province, du pays, et c’est, on va se le dire, une porte spectaculaire.

 

 

 

 

Le fond 

C’est quand on se penche sur le fond du golfe (en prenant un grand souffle) qu’on comprend comment ce gros échangeur d’eau fonctionne. D’abord, il faut savoir que les eaux douces proviennent des Grands Lacs. Elles s’écoulent le long de la côte de la Gaspésie, suivant le courant qui passe par les hauts-fonds des Îles-de-la-Madeleine. En contrepartie, de l’eau entre dans le golfe par les détroits. L’eau douce reste en surface, tandis que les eaux froides océaniques arrivent par le fond. Et pas n’importe quel fond! Elles sont guidées par le Chenal laurentien. C’est une immense dépression de 1500 km entre l’océan et l’estuaire (une grosse craque de 300 m de profondeur…). Ce chenal, c’est la personnalité du golfe : salty, mais doux à la fois, brut, puissant, mais ô combien profond. Il influence les courants et dicte les voies maritimes. 

 

 

 

Un habitué du golfe : le traversier qui quotidiennement traverse le détroit de Cabot entre la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve. Deux trajets, de 7 ou 16 h, sont possibles pour les voyageurs. Ce n’est pas un petit détroit.

 

 

 

Des ressources à exploiter 

Le golfe du Saint-Laurent est une voie de transport maritime incontournable. Il est aussi une source de pêche importante au Canada. Au Québec, bien avant l’arrivée des Européens, les Mi’kmaqs et les ancêtres des Inuits (qui ont laissé des traces dans le sud du Labrador) auraient profité de l’abondance de poissons dans le golfe. C’était le même scénario sur les côtes des Maritimes. Les Scandinaves, les Basques et les Bretons y pêchaient le poisson (bien avant que Christophe Colomb décide qu’il ait découvert l’Amérique…). La chasse à la baleine, le développement des ports et de la voie maritime du Saint-Laurent ont, au cours des derniers siècles, a transformé le golfe en joyau économique. Malheureusement, la pollution, la destruction des habitats (entre autres à cause des techniques de pêche), la surexploitation des espèces (comme la morue franche) et la modification des berges menacent le maintien des écosystèmes maritimes du fleuve, sur lesquels de nombreux Canadiens dépendent.  

 

 

 

Juste 4 ou 5 fous de Bassan…

 

 

 

Biodiversité 

Les pressions de l’essor économique imposent de nombreux défis sur le golfe et affectent grandement sa biodiversité. Mais le golfe, c’est un combattant et il grouille de vie. Le mélange des températures des eaux salée et douce dans cette zone semi-fermée (et principalement peu profonde) crée un environnement très productif qui favorise une diversité d’organismes. Phytoplancton, zooplancton, invertébrés aquatiques, poisons en tous genres, oiseaux marins jusqu’au plus gros mammifère marin de la planète (lire ici la baleine bleue); tous profitent du bassin principal, mais aussi des autres milieux créés par le golfe. Les marais côtiers, les falaises, les rives rocheuses, les zones de balancement des marées et les fonds marins accueillent des centaines d’espèces (animales et végétales).  

Savais-tu qu’on trouve dans le golfe des tortues luth, notre seule tortue marine? Il y a aussi des requins en abondance. As-tu déjà entendu parlé de papillons, de soleil et de poules dans le golfe? Le papillon de mer, un mollusque semi-transparent, le soleil de mer épineux, une étoile de mer, et la petite poule de mer atlantique, un poisson au drôle de look, ne sont que trois locataires du golfe. Ajoutons à ça les méduses crinière de lion, les sébastes, les phoques du Groenland, les pétoncles géants, les raies épineuses… Mention spéciale pour les colonies spectaculaires de fous de Bassan et les magnifiques puffins des Anglais qui sont des incontournables de notre mer intérieure.  

 

 

 

L’adorable phare de Miscou, qui tient avec des cables d’acier parce que le golfe amène des tornades de vent!

 

 

 

Alors, bien que ses habitats soient grandement affectés par notre présence et notre utilisation du fleuve, il reste que la nature trouve toujours son chemin*. Le golfe, dans toute sa splendeur, ne se laissera pas faire. Alors que ce soit sur un quai à Blanc-Sablon, à travers le trou du Rocher Percé, sur un traversier au milieu du détroit de Cabot ou directement de la côte de Terre-Neuve, sur le haut d’une falaise des Îles, au phare de Miscou au Nouveau-Brunswick ou entre deux monolithes de l’Archipel-de-Mingan, il n’y a rien comme les marées et l’air salin qui rappellent que le golfe, il est là pour rester.   

 

 

 

 


* Mais cela ne veut surtout pas dire qu’on ne devrait pas faire tout ce qu’on peut pour éviter de causer d’y causer des dommages! D’ailleurs, le gouvernement a récemment annoncé la création de 17 nouvelles réserves de territoires aux fins d’aire protégée, soit 11 dans le golfe du Saint-Laurent et 6 dans l’estuaire! 

 

 

 

Par : Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste

Sources images : Michel Rathwell, D. Gordon E. Robertson, Dennis Jarvis

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