La sélection naturelle

Transportons-nous en 1800, aux alentours de Londres, au moment où la révolution industrielle commence. Zoom-in sur un des nombreux bouleaux qu’on trouve à proximité des nouveaux quartiers industriels remplis de belles usines encore scintillantes. Zoom-in encore plus sur un papillon blanc légèrement tacheté de noir, parfaitement camouflé sur l’écorce de ce bouleau. Ce papillon c’est la phalène du bouleau. Son camouflage lui permet d’éviter la pression des prédateurs et assure sa survie. C’est la belle vie. 

Fast forward des années plus tard. Les usines fonctionnent à plein régime et l’air est chargée de poussière de charbon. Tellement que les particules se collent à toutes les surfaces; l’écorce blanche des bouleaux se noircie. La phalène toute blanche est désormais exposée et est devenue une proie facile. Par contre, ce papillon a une autre forme minoritaire, qui représente 2% des populations au début de la révolution industrielle. Cette forme de phalène, dont le gène qui affecte la pigmentation de ses ailes fait en sorte qu’il est beaucoup plus foncé, est presque entièrement noir, tacheté de blanc. Autour de 1895, la forme foncée du phalène constitue 95% de la population.


Deux phalènes du bouleau, une de chaque forme.


Comme leur environnement devient de plus en plus sale, les papillons qui ont le gène foncé (appelons-les comme ça pour les besoins de ce texte) sont de plus en plus avantagés et survivent aux prédateurs tandis que les phalènes au gène clair (idem) sont désavantagées sur l’écorce foncée. En augmentant leur taux de survie, les phalènes foncées ont plus de chances de se reproduire et donc de transmettre le gène foncé à leur progéniture. Cette progéniture qui a elle aussi un plus haut taux de survie, parce qu’elle a le gène foncé… et ainsi de suite. Avec le temps, les traits génétiques des papillons noirs deviendront de plus en plus communs dans la population. 


C’est un merveilleux exemple du procédé de la sélection naturelle. Les bons gènes (ceux qui font que l’individu est super bien adapté et survit) sont transmis d’une génération à l’autre. C’est Charles Darwin qui nous a fait l’honneur de mettre en mots cette théorie fondamentale de l’écologie. Il avait remarqué durant ses voyages combien les animaux semblaient magiquement adaptés à leur milieu pour faciliter leur survie et leur reproduction. Les pinsons des îles Galapagos lui sont tombés dans l’oeil et sont probablement aujourd’hui l’exemple le plus fameux de ces adaptations. Le bec des différentes espèces de pinsons avaient des formes différentes et adaptées à la nourriture présente sur les îles. Ces variations augmentaient leurs chances de survie, leur fitness


Les principes de Darwin 

On explique aujourd’hui la super-théorie de la sélection naturelle en prenant en compte des principes fondateurs qui pourraient être résumés ainsi : 

  1. Chaque individu dans une population présente des variations, qui sont appelées des phénotypes (différentes couleurs de poils, grandeurs, grosseurs, formes de nez, de pattes, etc.). 
  2. Ces variations sont le plus souvent héréditaires et peuvent être transmises aux futures générations. Cette progéniture mieux adaptée est de plus en plus nombreuse. 
  3. Dans ces populations grandissantes, parce que mieux adaptées, la compétition pour les ressources, (territoire, nourriture, matériaux, eau, etc.) est de plus intense. Darwin a appelé ça le struggle of existence, (on reviendra à ça).  
  4. Considérant une telle compétition, les individus ayant des traits favorables sont plus susceptibles de d’avoir un plus grand succès de survie et de reproduction. On pourrait dire que cette variation est «sélectionnée». (Comme c’est le cas pour le gène foncé du phalène du bouleau.)

Et la boucle est bouclée et le cycle se poursuit.  


Le bec-croisé des sapins est un exemple d’oiseau québécois avec un trait adaptatif «sélectionné». (C’est un peu notre pinson de Darwin.) Comme il se nourrit de graines de conifère, son bec a la forme idéale pour aller les chercher dans les cocottes. Boom, sélection naturelle!


Quand on parle de sélection naturelle, il faut garder en tête que c’est un phénomène complexe (un autre). On ne t’as parlé que de sélection naturelle en terme d’adaptations physiques, mais les modifications ne se font pas uniquement sur le phénotype, mais aussi dans les gènes, au niveau du patrimoine génétique, qu’on appelle le génotype. Au fur et à mesure que les individus deviennent plus succesfull, «évolutivement» parlant, ils survivent en plus grand nombre, plus longtemps et font plus de bébés, et les bons gènes deviennent de plus en plus fréquents dans la population (on parle alors de modification dans le bagage génétique de la population, c’est big). 

La sélection naturelle c’est un gros morceau dans la complexe recette de l’évolution. À ces principes de base, on doit ajouter les différents modes de sélections, les facteurs environnementaux comme les migrations et les fréquences de perturbations, les mutations, la dérive génétique*, la sélection sexuelle en elle-même et la controversée sélection artificielle. Ouf! On a donc pas fini d’en parler de cette sélection naturelle! 



* La dérive génétique, c’est l’évolution (ou la modification) d’une espèce ou d’une population qui est causée par des phénomènes qui sont impossibles à prévoir (aléatoires).



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