Elle est parmi nous plusieurs mois par année. On n’y peut rien. Certains l’adorent; d’autres la détestent vigoureusement. Elle est dure ou molle ou poudreuse. En slush, en banc, en flocon, en tapis ou en croûte, elle fait partie de notre héritage qu’on le veuille ou non. C’est dans notre sang de gens du nord : la neige, c’est notre vedette hivernale difficile à ignorer.  

La neige, c’est vrai, présente des inconvénients notables. Elle est synonyme de froid et d’humidité, qui font rarement bon ménage. « Allo le nez qui coule et les frissons! » Il faut sortir sa pelle ou sa souffleuse pour la pousser pour continuer de vivre normalement. Elle engloutie tout. Elle peut être tellement lourde qu’elle casse les branches des arbres et fait s’effondrer les toits des immeubles. Mais on est pas ici pour se rappeler ses moins bons coups, mais plutôt pour highlight tous les avantages qu’elle représente. D’ici à la fin de ce billet, peut-être qu’on verra à quel point on est chanceux d’être enseveli la moitié de l’année! \ (•◡•) /


Le glacier Kaparoqtalik, Nunavut

  

Dans notre beau pays, la neige, c’est important. 36% des précipitations sur notre territoire nous arrive sous forme de flocons. Cette neige, lorsqu’elle s’entasse et se cristallise crée des glaciers. Environ 200 000 km2 canadien sont recouverts de glacier. Les glaciers alpins, a.k.a. les neiges éternelles des Rocheuses (soit le manteau neigeux qui ne fond pas en altitude) ou la calotte glaciaire qui recouvre le pergélisol des îles arctiques : la glace se déplace, mais elle ne part jamais. La neige fait non seulement partie de notre pays, mais elle le modifie en créant des fissures et des criques gigantesques. Soyons fiers de nos vallées glaciaires!  


Chaud ou froid 

La neige, à part d’alimenter les conversations de voisins de novembre à mai, elle a plusieurs fonctions. D’abord, elle isole. Imagine un matin froid de mars où il fait -15°C. À ce même moment, sous la douzaine de centimètres de manteau neigeux (la neige accumulée par terre), il fait entre 0 et -1°C. Et si on creuse un peu plus profondément dans le sol, c’est encore moins froid! Pourquoi pas passer l’hiver sous la neige alors? C’est exactement ce que beaucoup d’animaux font. Autant les hibernants comme certaines grenouilles forestières y sont en sécurité, autant des animaux actifs parcourent leurs tunnels de neige, tout l’hiver durant, à l’abri du froid (et des renards). 

Cette isolation naturelle est aussi une protection de choix pour les plantes. Pour les racines et les bulbes de celles qui sont en dormance et pour les graines de celles qui attendent de germer aux premières chaleurs de l’été.  



C’est juste de l’eau 

Le manteau neigeux, c’est aussi une réserve impressionnante d’eau. Quand elle fond (parce que la neige fond, elle disparaît pas…), elle se déplace sous forme liquide. Elle ruisselle. Elle est essentielle pour gorger les sols au printemps. C’est d’ailleurs un élément déclencheur de la coulée des érables : pas de neige, pas de sirop… (C’est un « pensez-y bien ».)  Lors de la fonte, c’est vrai qu’un trop plein d’eau peut causer des crues impressionnantes, détruire des barrages de castors au passage et inonder ici et là. Mais c’est ce flux d’eau qui alimente les nombreuses rivières du Québec. Oh et qui est-ce qui utilise l’eau comme principale source d’énergie? Oui, nous…  


La neige et le Soleil : deux vieux chums 

Étrangement, un autre rôle important de la neige est directement lié au Soleil. La neige a pour fonction de réfléchir la lumière solaire et de limiter l’augmentation de chaleur absorbée par la Terre.  

Quand une surface est touchée par la lumière, elle l’absorbe ou la reflète ou les deux. Ce pouvoir réfléchissant, ça s’appelle l’albédo. Il se mesure sur une échelle de 0 à 1*. Si une surface est noire ou foncée, elle aura un albédo près de 0. La lave, par exemple, a un albédo de 0,04 (elle reflète 0,04% de la lumière). Le manteau neigeux, fraichement tombé, a un albédo de près de 0,90. 

Ce réfléchissement a donc une répercussion sur la température de la Terre (dans le sol pour l’énergie absorbée et dans l’atmosphère pour celle réfléchie). Si la planète était recouverte d’eau, sa température moyenne serait de 32°C environ (contre 15 en réalité)**. Ce serait dû à un albédo faible de l’eau. C’est donc essentiel d’avoir des zones enneigées sur le globe pour pallier à ce phénomène.  

Récemment, la communauté scientifique a remarqué que les océans se réchauffent super vite (t’sais, à cause du réchauffement climatique extrême qu’on vit…). Cette augmentation de la température de l’eau accélèrent la fonte des glaciers, de la neige éternelle. Des surfaces avec un albédos élevé sont donc remplacées par des zones avec un albédos faibles : cette modification influence le système climatique terrestre. On se retrouve avec de moins en moins de zones avec un albédos élevé et donc une température terrestre qui augmente.*** 



Et finalement, la neige, elle nous permet de faire plein d’activités cool qu’on peut simplement pas faire en été. Enfiler ses raquettes et explorer hors sentier les forêts enneigés après une grosse bordée. Dévaler les pentes en tube comme les loutres. Observer sur sa mitaine la délicatesse des flocons. Aller voir les sculptures de glace au Carnaval de Québec, faire des des bonhommes de neige, recréer des scènes de la Guerre des tuquesPatiner sur le canal Rideau. Découvrir la nature, endormie, oui, mais aussi bien adaptées pour le froid. Défriper ton habit de neige en pratiquant des tonnes d’activités de plein air hivernal. Et la liste se poursuit…  

Donc, oui, faut la pelleter, mais la neige, elle est reste un incontournable, un essentiel!  



* L’albédo moyen de toutes les surfaces de la Terre est de 0,3.  

** Si elle était recouverte entièrement de glace, la température moyenne terrestre serait d’environ -52°C… 

*** Évidemment, ce n’est pas le seul facteur qui fait augmenter la température de la Terre. Mais, s’en est un.  




Par : Anne Frédérique, éducatrice-naturaliste

Sources images : Ansgar WalkPixnioPixabay

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