La crise des pollinisateurs

Depuis plus d’une dizaine d’années, les scientifiques s’agitent quand on mentionne les pollinisateurs. Pourquoi? Parce qu’il existe de plus en plus d’évidences de leur déclin dans le monde et les conséquences, autant écologiques qu’économiques (principalement dans le secteur agricole) pourraient être irréversibles. Oh oh! Le cas de l’abeille domestique est la part la plus visible de ce phénomène global. On trouvait qu’à la veille de la journée mondiale des espèces menacées, le 11 mai, c’était une bonne idée de te parler de la crise des pollinisateurs.

Abeilles domestiques

C’est quoi le problème?

Évidemment, on veut pas ruiner ta journée et répondre « nous »… mais disons, qu’on a notre part de responsabilité. On t’explique.

Si la diminution des pollinisateurs* se poursuit au rythme actuel, ça aura des impact économiques (et sociaux, tant qu’à y être) importants, et des répercussions graves sur l’agriculture, diminuant, par exemple, la productivité des espaces cultivés. Tu le sais, on a besoin de pollinisateurs pour que les fleurs se reproduisent : sans pollinisateurs, pas de fleur, pas de fleur, pas de fruit… L’agriculture subit donc les contrecoups de ce déclin, mais attention, elle y contribue grandement. Alors, la question qu’on doit se poser à l’heure actuelle c’est : «Quels sont les impacts de nos cultures et des techniques agricoles sur la diversité des pollinisateurs?»

Champ de maïs

Modification du territoire

Des chercheurs ont démontré que le type de culture, biologique ou conventionnelle, avait un impact sur les pollinisateurs, et que la structure du paysage avait une influence sur eux. La structure, c’est l’arrangement des cultures dans une zone donnée. Disons qu’on fait de la monoculture sur des kilomètres et des kilomètres, les pollinisateurs sont devant un territoire de nourriture homogène et peuvent souffrir de carences dû à la pauvre diversité de leur alimentation. La seule présence d’arbres et de fleurs sauvages en bordure des champs (ce qu’on appelle des bandes fleuries) fait une grande différence pour les populations de pollinisateurs.

La constante augmentation de la superficie des terres agricoles n’aide surtout pas. Les coupes de zones forestières, l’assèchement des milieux humides et la diminution des zones de lisière et des bordures de champs ne sont que des exemples. Dans le dernier cas, les corridors de connectivité**, qui sont vitaux pour de si petits animaux, sont bien souvent détruits limitant ainsi les déplacements des pollinisateurs comme les abeilles qui parcourent entre 2 et 5 km pour butiner. La modification de l’habitat naturel des pollinisateurs pour l’agriculture est de loin un des problèmes les plus pesants pour nos petits amis amateurs de pollen.

Les méchants pesticides

C’est pas tout de modifier le paysage pour avoir des bons légumes, on utilise aussi des produits chimiques pour maximiser les productions. L’utilisation de pesticides (de tous genres : insecticides, fongicides, herbicides, etc.) est en constante augmentation et ça, ça n’aide pas. Ça entraîne une nette réduction de la biodiversité (moins de végétaux indigènes dans les champs), ce qui nous ramène aux problématiques d’homogénéité des ressources. On ajoute à ça, les effets physiques des insecticides sur les pollinisateurs. Les effets sur les abeilles domestiques ont été démontrés, ce qui laisse à croire que les effets sont similaires pour les colonies sauvages. On entend souvent parler des néonicotinoïdes : c’est une famille d’insecticides, principalement utilisée sur les graines de soya et de maïs contre les insectes ravageurs en attaquant leur système nerveux. On veut se débarrasser des pestes qui mangent les cultures, mais les pollinisateurs, qui sont essentiels, ne sont pas immunisés aux effets du pesticide. Le produit chimique peut contaminer le pollen des plantes, l’air ambiant, le sol et l’eau. Résultat? Tous les insectes du hood sont exposés à leurs effets néfastes***, spécialement à la poussière contaminée qui est dégagée lors de la mise en terre des graines. Les abeilles affectées par les néonicotinoïdes, par exemple, perdent le nord, sont incapables de s’orienter (de retourner à leur ruche) et de collecter le pollen. Elles deviennent dummy et ne sont plus capables d’apprendre. Puis, elles sont vulnérables aux infections et aux maladies.

Impacts des pesticides épandus (en orange), tels que les néonicotinoïdes, sur les milieux environnants. Les cultures à proximité (1) peuvent aussi être contaminées et aggraver le problème pour les pollinisateurs.

Chez nous, on utilise ce type de pesticide sur toutes nos cultures de maïs (« toutes », comme dans 100%). Par chance, les différents paliers gouvernementaux font des efforts de sensibilisation et mettent en place des programmes pour aider les agriculteurs à changer leurs pratiques. Le travail n’est pas fini, et en vérité, il ne fait que commencer. Toi aussi, tu peux donner un coup de pouce (comme les apiculteurs) en choissisant des produits qui ont été cultivés sans pesticide. Le premier pas vers un monde meilleur pour nos pollinisateurs, c’est de se renseigner et de répandre la bonne (ou la mauvaise) nouvelle. Go!

Mention spéciale : Des maladies, des facteurs naturels et les changements climatiques entrent aussi en ligne de compte quand vient le temps d’analyser le déclin des pollinisateurs. Nous avons fait le choix de vous présenter les facteurs relatifs à l’agriculture.

* On parle ici de diminution de l’abondance des pollinisateurs, donc de leur nombre, mais aussi de la diminution de leur diversité. Oui, t’as fait le lien, on parle alors d’une diminution de la biodiversité.

** Les corridors de connectivité relient divers milieux naturels présents au sein d’un même paysage permettant le déplacement des individus vers de nouvelles ressources, par exemple. C’est un concept fort important en conservation et qui s’oppose aux problématiques de fragmentation. On y reviendra.

*** Il a été démontré que les invertébrés du sol (comme les vers de terre avec leur peau perméable), les oiseaux et les poissons sont aussi affectés par les néonicotinoïdes ayant contaminés leur milieu de vie.

Sources images : Anne F. Préaux, Public Domain Pictures, GUEPE