Flexibilité et sexualité

Question du public : Les animaux peuvent-ils êtres homosexuels?

Quelle question pertinente quand le Festival Fierté Montréal est à son peak! D’abord, avant qu’on se lance, il faut comprendre que le terme homosexualité peut être défini comme une « attirance sexuelle pour les personnes de son sexe (par opposition à hétérosexualité). » Mais, c’est beaucoup plus que ça. C’est aussi l’identité, parce qu’on y attache tout un caractère social, et ça, c’est propre aux humains. Pour appliquer cette conception aux animaux, il faut utiliser le terme homosexualité en le considérant biologiquement : homo-, signifie « le même » ou « similitude » (dans le cas ici) et -sexualité représente les comportements relatifs à la reproduction et tout ce qui s’y rattache.

Il y a très peu de recherches concernant l’homosexualité chez les animaux. Pendant longtemps, on ne voulait pas en faire parce que c’était tabou, et même aujourd’hui, c’est encore assez marginal. On a donc peu de sources fiables. Toutefois, il y a beaucoup d’observations en milieu naturel, même qu’on pourrait presque dire que toutes les espèces animales ont des comportements homosexuels.* Les raisons sont nombreuses et (encore) personne ne s’entend. Est-ce les gènes? Est-ce l’adaptabilité ou des processus évolutifs ? Les hormones? La magie? Difficile à dire.


Les beaux macaques japonais


On a choisi pour toi un bunch d’exemples de comportements homosexuels dans la nature pour te donner une idée.
Dans une grande partie des populations de dauphins, on a enregistré des comportement homosexuels (autant mâle-mâle que femelle-femelle). Ils auraient lieu pour solidifier les liens entre les individus, augmentant la volonté de se protéger les uns les autres et l’entraide pour trouver des ressources. On voit le même genre de comportements chez beaucoup de singes, dont les macaques japonais. Les observations, dans ce cas, montrent que ces comportements sont liés aux rangs sociaux et à l’acceptation des individus dans le groupe. 

En période de chaleur, les bisons sont hot pour tout ce qui bouge. Le taux hormonal élevé fait en sorte que dans un troupeau, il n’est pas rare de voir des comportements homosexuels fréquents et très intenses. Même les démonstrations nuptiales peuvent se faire entre deux individus du même sexe. Même chose avec les chauves-souris. Elles démontrent une gamme vraiment large de comportements homosexuels (spécialement entre les mâles), du léchage, aux appels nuptiaux en allant jusqu’à la copulation.

Les insectes aussi présentent des comportements homosexuels : les mouches à fruits mâles, à l’émergence des adultes, s’accouplent avec toutes les autres mouches à fruits qu’elles rencontrent, mâles ou femelles, pour s’assurer un plus grand succès reproducteur. Avec le temps (quelques heures, pour les plus futées, ou quelques jours), elles finissent par reconnaître les phéromones des femelles et délaissent les autres mâles. Dans le cas des ténébrions, ils ne font pas de différence : les mâles déposent du sperme sur tous les individus dans l’espoir de féconder une femelle, directement ou par mâle interposé. Pourquoi pas !


Un albatros de Laysan et son précieux


Chez les oiseaux, on voit souvent des appariements de deux individus du même sexe. Ça arrive quand il y a nombre limité de l’un ou l’autre des genres. Dans le cas des albatros de Laysan, le jumelage femelle-femelle pour élever un oisillon est fréquent et semble être une adaptation au manque de mâles dans certaines colonies. Ces couples homosexuels durent pour des années! Elles sont moins efficaces qu’un duo mâle-femelle pour assurer la survie des petits, mais le taux de survie reste plus grand que si une femelle couve seule. Chez les cygnes noirs, ce sont les paires mâles-mâles qu’on voit le plus souvent. Après avoir volé un oeuf à une couple mâle-femelle, ils couvent et prennent soin du petit. Ici, le taux de survie de l’oisillon est plus élevé qu’avec un couple mâle-femelle! Probablement parce qu’ils ont plus de facilité et de ressources pour protéger un territoire (le même phénomène se produit aussi chez les flamants roses).

Le cas des lézards à queue en fouet est intéressant parce que tous les individus sont des femelles et elles se reproduisent par parthénogénèse**. Pour qu’il y ait production d’hormones (et donc ovulation), ces lézards simulent des accouplements. Selon le taux d’hormone, une des deux femelles (celle avec le taux le plus bas) jouera le rôle «masculin». 
Et finalement, un petit mot sur nos plus proches cousins, les Bonobos. Ils sont connus pour êtres des primates hyper sexuels. En fait, leur vie sociale repose principalement sur les rapports sexuels entre les individus. Ces grands singes auraient le plus haut taux de relations homosexuels de tous les primates. 60% de l’activité sexuelle serait entre deux femelles. 


Fabuleux!


D’un point de vue écologique, ces comportements devraient sembler contre-évolutifs. Selon Darwin, un des objectifs des animaux est de procréer pour assurer la pérennité de leurs gènes. La reproduction, pour eux, c’est le but de la vie (de la survie). Alors, pour beaucoup d’espèces les comportements sexuels sont primordiaux et très courants. Si on pense à ça, est-ce que ce besoin ne pourrait pas causer un engouement sexuel (pour ne pas dire sex craze) tellement grand qu’il pourrait déborder vers des comportements homosexuels ? 

Selon la littérature scientifique, les humains seraient la seule espèce avec un caractère homosexuel véritable***. Les animaux ne rentrent pas dans une catégorie « traditionnelle » d’orientation sexuelle. Ils utilisent les comportements sexuels pour plusieurs raisons, (relations intraspécifiques, reproduction et succès reproducteur, plaisir peut-être, liens entre les individus, etc.), une telle diversité signifie être flexible. Il y a de quoi à apprendre ici! Malgré tout, le choix du partenaire sera principalement hétérosexuel pour maximiser la survie de l’espèce. Et même si l’homosexualité a été observée à maintes reprises dans la nature et que certaines espèces ont des prédispositions pour ces comportements, on considère ça comme une rareté. Ce sont définitivement d’autres bijoux uniques à étudier pour essayer de comprendre la nature, dans tous ses détours et toute sa splendeur! 



* À l’exception d’espèces qui n’ont pas comportement sexuel, comme les oursins. De plus, une partie un règne animal est hermaphrodite, on pourrait alors les considérer comme « bisexuels »

** C’est un bien grand mot pour dire « reproduction sans fécondation ». On y reviendra. 

*** Oui, mais une recherche menée sur des moutons domestiques aurait démontré que dans la population à l’étude des individus préfèrent les relations mâles-mâles même lorsque des femelles fertiles et matures sont disponibles. Pourquoi? Les mâles homosexuels pourraient l’être pour ne pas nuire aux mâles plus productifs et ainsi maximiser la productivité du troupeau. D’ailleurs les soeurs des moutons homosexuelles seraient plus productives. Ce phénomène ne se produit que chez ces moutons élevés depuis des décennies pour produire des femelles qui se reproduisent aussi souvent que possible, résultat de brassage génétique. Ces moutons sont prédisposés à l’homosexualité, mais c’est marginal.



Sources images : Pixabay, US Fish & Wildlife Service, Pixabay