Originaire du Centre-du-Québec, je me rappelle quand j’étais petite, je n’ai jamais vu l’ombre d’un dindon sauvage. Aujourd’hui, quand je retourne voir ma famille, il n’est pas rare que j’en voie picorant dans un champ ou sur le bord de la route. En moins de 50 ans, les dindons peuvent désormais être retrouvés à plus de 5000 kilomètres au nord de leur limite historique. Qu’est-ce qui explique ce mouvement

 

 

 

Des hivers doux 

Une équipe du Centre d’études nordiques et du Centre d’étude de la forêt de l’Université Laval a étudié les effets des changements climatiques sur les dindons sauvages. Un des facteurs déterminants est la présence de neige au sol. Dans les zones où l’on trouve au-delà de 30 centimètres, les dindons ont de la difficulté à s’alimenter. Ils n’ont pas de réserve de graisse, comme d’autres espèces et bien qu’ils puissent survivre à des températures très basses, ils ont besoin de s’alimenter pour produire de l’énergie afin de se réchauffer. Au Québec, le dindon pourrait continuer sa course vers le nord explique le professeur Jean-Pierre Tremblay qui dirige l’équipe de recherche : « Le dindon pourrait continuer sa progression vers le nord pendant quelques années encore, peut-être même jusqu’en Abitibi, par contre, les populations qui se trouvent sur ce font seront toujours dans un état précaire, à la merci d’un gros hiver. Pour se maintenir, elles vont dépendre d’un afflux constant de nouveaux arrivants venus du sud. » En effet, un hiver plus rigoureux pourrait être fatal pour plus de 60% des membres d’une population révèle l’étude publiée en octobre dernier par le groupe de recherche dans la revue Oecologia.  

Les dindons sauvages en hiver

 

Au début du 20e siècle, les populations en Amérique du Nord étaient à un niveau historiquement bas à cause d’une chasse excessive. On estime qu’il restait moins de 30 000 oiseaux. Les efforts de conservation ont permis de rétablir les populations un siècle plus tard. On estime aujourd’hui qu’il y a plus de 7 millions de dindons en Amérique du Nord.  

 

 

 

Une espèce particulière 

Le dindon occupe les milieux agroforestiers, où il peut se nourrir d’insectes, de graines ou de bourgeons. Pendant l’hiver, il aime particulièrement les champs agricoles où il peut compléter son alimentation par des grains de maïs ou de soya qui ont échappé à la récolte. C’est un animal grégaire, mais la composition des groupes varie au fil des saisons. En hiver, des groupes de plusieurs individus se forment alors que pendant la saison de reproduction les groupes sont constitués des multiples femelles avec un à trois mâles. Les femelles font un nid à même le sol et peuvent pondre jusqu’à 18 œufs. L’incubation prend entre 26 et 28 jours. Attention, parce que même s’il pèse parfois plus de 8 kg, le dindon sauvage peut atteindre 19 kilomètres à l’heure à la course. Et finalement, crois-le ou non, mais avec ses 6000 plumes, le dindon peut voler! La nuit, il dort dans les arbres pour se protéger des prédateurs.  

Les dindons sauvages sont donc là pour rester dans le paysage québécois. Depuis 2008, il est même possible de chasser cet oiseau au grand plaisir des chasseurs. C’est un bel exemple de conservation et rétablissement d’une espèce.  

 

 

 

Par : Andréanne, éducatrice-naturaliste senior et coordonnatrice des activités Charlevoix

Sources images : PxHere, Pixabay, Jean-Pierre Marcil

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