Apiculture, entre commerce et conservation

Question du public: Est-ce que l’exploitation du miel et de la cire des abeilles leur cause préjudice?

 

On se questionne de plus en plus à propos de notre impact sur la nature (et tant mieux), des forêts amazoniennes, en passant par les plantes comme le ginseng jusqu’aux insectes. On sait qu’on peut aider, mais on sait aussi qu’on peut nuire. Alors, qu’elles sont les conséquences de se mêler de la vie des abeilles?

 

Le miel et nous

Le miel, c’est une substance sucrée que les abeilles produisent à partir de nectar et qu’elles entreposent dans leur ruche. Elles s’en nourrissent toute l’année, spécialement dans les périodes plus difficiles. Le miel est aussi consommé par d’autres animaux, comme les oiseaux, les fourmis, les ours, les renards, même, et nous.

L’apiculture c’est la science et la pratique d’élever* des abeilles. Ça existe depuis la préhistoire, et aujourd’hui c’est pratiqué partout dans le monde. On reconnaît que l’apiculture offre un bon moyen de générer des revenus à partir des ressources naturelles sans les endommager. Un win-win. Et de ces ressources, on n’en fait pas seulement du miel. La cire, le pollen, la propolis (résine végétale que les abeilles utilisent comme un mortier), la gelée royale (sécrétion dont les larves et la reine de la colonie sont nourries), le venin, sont tous des exemples de produits que l’humain tire de l’abeille**.

 

La B.A. des abeilles

Les abeilles font partie des pollinisateurs les plus importants de la planète. Par la pollinisation des plantes à fleurs, elles favorisent la variation génétique dans la communauté des plantes, la diversité florale et donc, la biodiversité. Elles participent alors au maintien et à la stabilité des écosystèmes et ce, en milieu naturel, mais aussi en milieu rural (t’sais, l’endroit d’où vient la majorité de nos aliments). C’est pas rien pour un si petit animal. Sans le travail acharné des abeilles, tu ne pourrais pas croquer une pomme juteuse ou te faire une salade de betteraves. Non. Malheureusement, le plus grand service qu’elles nous rendent, celui de la pollinisation, est encore trop sous-estimé.

Les méthodes d’agriculture actuelles (comme les monocultures, qui réduisent la variété de la nourriture pour les abeilles, et l’utilisation de pesticides, comme les néonicotinoïdes) ont un impact majeur sur nos précieuses abeilles. À ça s’ajoute la pollution, les hivers qui sont fous, les maladies et la réduction de leur habitat naturel de prairies à fleurs. Rien ne va plus… C’est pas pour rien que depuis plus de 10 ans la communauté scientifique sonne l’alarme face au déclin inquiétant des populations d’abeilles.  

 

 

L’apiculteur dans tout ça

Alors, c’est quoi l’impact de l’apiculture sur nos fragiles abeilles? Parce que les différentes espèces d’abeilles ont des besoins différents, des spécialisations pour des types de plantes et qu’elles requièrent des milieux spécifiques, on a tendance à un peu les malmener. En apiculture, on modifie ça au nom du rendement. On modifie le régime alimentaire de la colonie en stimulant l’augmentation des niveaux de recherche de nourriture et en limitant les espèces de plantes à polliniser. Ça donne des abeilles qui ont faim et qui doivent travailler plus fort encore. Des ruches surpeuplées, des alvéoles trop grosses et un élevage sélectif qui dure depuis des siècles et qui réduit l’immunité des abeilles ont aussi des répercussions sur les insectes.

En milieu naturel, lorsqu’un nid est construit c’est pour des bonnes raisons : sa température et son humidité, sa forme, la possibilité de créer des chambres d’entreposage, la circulation de l’air, sa défense. Tout est parfait. Les stress naturels sont limités et seules les colonies les moins bien adaptées (on dit, avec le moins bon fitness), mourront. Et ça, c’est normal. En élevage, on maintient en activité des colonies dont le pool génétique peut être moins intéressant et on perpétue ainsi des gènes indésirables.

 

Malgré tout, les apiculteurs jouent aussi un rôle d’une importance capitale dans la protection de nos copines à manteau jaune et noir. Sans eux, leur nombre serait probablement beaucoup plus bas. Oui, l’apiculture c’est une économie, mais on peut aussi voir ça comme des actions de conservation. En favorisant leur présence, en leur donnant un emplacement pour nicher, en les traitant aux petits oignons, en éliminant les parasites, l’apiculteur fait définitivement sa part dans le maintien de ces pollinisateurs essentiels. Aujourd’hui, l’apiculture fait partie de la solution au déclin des abeilles, comme la reproduction in vitro pourrait sauver les rhinocéros blancs du Nord.

 

* On dit élever ici, parce qu’on est entre nous. Par contre, il faut savoir que les abeilles qui sont exploitées restent sauvages et ne sont pas domestiquées comme pourrait l’être des vaches et des cochons.

** Les vertues de la plupart de ces produits restent encore à prouver.

 

 

Source images : Pixabay